La paix
La paix est notre véritable nature. À l’intérieur de nous-mêmes, c’est comme un océan balayé par une brise légère. Tout est calme. La tempête peut venir mais le fond de l’océan reste toujours calme et tranquille. C’est ainsi que les sages peuvent rester totalement en paix quoi qu’il arrive à l’extérieur. Leur connexion avec cet océan de paix est permanente.
Le silence
Le silence révèle aussi la profondeur de la réalité. Il révèle l’innommé, celui qui EST. C’est dans le silence qu’il peut révéler CELA. Le silence n’a jamais cessé d’ÊTRE, tout comme la paix. Imaginons une place remplie de monde. Il y a beaucoup de bruit et de mouvement. Le silence n’a jamais cessé d’être là mais ce sont les bruits qui le recouvrent. Demandons à cette foule de se taire et de s’arrêter. Le silence se déploie alors. Ce qui le recouvrait disparaît. Il en va de même pour notre intérieur. Le silence est là, toujours là. Mais le manège de notre mental, notre remue-ménage intérieur, le recouvre le plus souvent. Stoppons le mental un moment, le silence révèlera sa pleine dimension.
Dans la méditation zen, c’est cela. Retrouver le silence intérieur et se mettre en contact avec notre vraie nature. Car c’est dans le calme et la sérénité intérieure que notre vraie nature peut se déployer. Stoppons l’agitation, arrêtons-nous un moment, extrayons-nous pendant un moment de ce monde fou qui bouge dans tous les sens. Et, pendant un instant, nous pouvons reconnecter avec ce que nous sommes et n’avons jamais cessé d’ÊTRE.
L’ego
Selon ma croyance, l’ego trouve son origine dans la séparation de l’être humain et de son créateur il y a des éons. L’ego maintient un voile entre l’être humain et son Père universel. C’est pourquoi nous voyons continuellement le monde non pas comme il est mais sous le filtre de nos projections. L’illusion est de prendre nos projections pour la réalité. Je regarde le paysage d’un lac, magnifique. Et puis je regarde le paysage se refléter dans ce lac. Dans l’eau, je vois le miroir de ces arbres et de la nature environnante. La projection c’est de croire que ce reflet est la réalité. C’est ainsi que l’être humain fonctionne depuis des éons. L’être humain a fini par croire que ce reflet était la réalité. Parfois, un être humain fait une incursion inattendue dans le réel. C’est comme si, soudainement, il n’y avait que la vision mais sans aucune projection du mental. Ce n’est pas un arbre, ce n’est pas un lac. C’est juste cela, sans aucune étiquette mentale, sans aucune notion d’évaluation, de connotations de beauté ou de laideur. C’EST, c’est tout. Rien que cela.
Cela m’est arrivé de temps en temps mais toujours de manière inattendue. Les maîtres éveillés semblent avoir cristallisé cet état. Ils arrivent à vivre dans le réel de manière permanente. C’est ce qu’on appelle l’illumination.
Loin d’être le seul apanage des « Maîtres », c’est en fait la vraie nature de tout être humain. Chacun est amené à se reconnecter avec la réalité et à sortir de ses projections. Ces maîtres peuvent être des guides dans la mesure où ils ont trouvé la porte pour y accéder. C’est notamment le Bouddha.
Pour accéder à cette RÉALITÉ, il faut faire cesser la roue permanente des pensées. L’ego est fort, très fort. C’est le serpent du jardin d’Eden. Il est si subtil qu’il peut même nous illusionner en nous disant que le travail est achevé et que nous sommes éveillés. Il trouvera toutes les raisons du monde pour nous empêcher de nous éveiller à la réalité car cet éveil est son arrêt de mort. Réveillez-vous à la réalité et l’ego n’a plus de raison d’être.
Les drogues
Je pense que certains drogués sont réellement imprégnés d’une recherche spirituelle, sans s’en rendre compte. Malheureusement, le chemin pour y arriver est totalement erroné. Ce n’est pas par des substances extérieures que nous sommes appelés à reconnecter avec notre vraie nature mais véritablement par un travail intérieur. Il semble que les bouddhistes, avec des méditations intensives, arrivent à des états similaires à des personnes sous emprise de drogues. La différence est que celui qui est prêt à un travail intérieur peut franchir la porte sans danger. Ce qu’on appelle « le gardien du seuil » le laisse entrer car le méditant est prêt et suffisamment purifié. Par contre, la personne qui prend de la drogue, qui n’a fait aucun travail d’introspection et de purification, entre de force là où elle n’est pas prête à entrer. Là est le danger car elle risque de ne plus revenir de « son trip ».
Certains maîtres comme Gurdjieff ont utilisé des substances pour montrer à leurs disciples ce qu’ils pouvaient atteindre par un travail intérieur. Mais des balises de protection étaient prévues. L’intention était pure : montrer ce à quoi on pouvait arriver par un travail intérieur. L’illusion c’est de pouvoir accéder à notre vraie nature grâce à des éléments extérieurs. Tout est en nous disent la plupart des traditions. L’extérieur ne peut être qu’un appui, qu’un révélateur. Si un élément extérieur semble le déclencheur de cet éveil, c’est parce que tout est prêt à l’intérieur pour la levée du voile et l’accès à notre vraie nature.
Notons que certaines personnes sont devenues subitement éveillées, sans aucune préparation. Il faut alors une longue période à cette personne pour intégrer cette expérience.
Moi et les autres
Au-delà d’un certain niveau, je pense que la séparation entre « moi » et « les autres » est une illusion. Plus une personne entre en elle-même, plus elle constatera que les frontières tombent. Ce qu’on appelle l’individualité, le « je » tombe et nous devenons l’univers dans son entièreté. L’individualité, fondée sur l’ego, nous donne l’illusion de la séparation. Mais je ne suis pas séparé de mon frère ou de ma sœur humain. C’est pourquoi la Bible dit « ce que vous faites au plus petit des miens, c’est à moi que vous le faites ».
Jung a mis en avant l’existence de l’inconscient collectif. Lorsqu’on entre dans la profondeur de l’inconscient individuel, vient un moment où nous touchons la profondeur où tous les inconscients ne font plus qu’un. J’ai eu une amie que je sentais très connectée à l’inconscient collectif des femmes en souffrance. Elle se sentait très proche de ces femmes. Je sentais qu’elle avait un travail à faire pour venir en aide aux femmes en souffrance. Et en venant en aide à ces femmes, bien entendu elle soignait sa propre blessure de femme.
Lorsque nous soignons une souffrance, j’ai le sentiment profond que nous participons en même temps à la guérison de nos frères et sœurs humains. En nous réparant, nous réparons en même temps les autres car, à un certain niveau, nous sommes tous connectés les uns aux autres. C’est juste l’illusion de la séparation qui nous l’a fait oublier.
Ce que tu fais à l’autre te revient
En lien avec ce qui a été dit plus haut, si nous sommes tous en lien, ce que je fais à l’autre, je le fais aussi au collectif dont je fais partie. Cela me revient donc à un moment ou à un autre. Comme un son que j’émettrais et qui ferait le tour de la terre et qui me reviendrait. Si je fais du bien à un autre, cela me revient. Si je lui fais du mal, cela me revient aussi, dans cette incarnation ou dans une autre.
Une conséquence importante de ceci est qu’il n’est pas possible à un être humain d’atteindre le bonheur parfait tant qu’un frère ou une sœur humaine souffre dans le monde. Bien sûr, on peut éprouver un très grand bonheur mais ce bonheur sera toujours éphémère car il y aura toujours un voisin en souffrance au niveau de l’inconscient collectif.
L’être humain enfermé dans la dualité « bien-mal »
Il est bien réducteur d’enfermer Dieu dans une dualité « bien-mal ». Je dirais plutôt que l’être humain est à un stade d’évolution où il a besoin de séparer ce qui est bien et ce qui est mal. C’est là où il en est pour le moment. D’où l’étiquette « Dieu » sur le bien et l’étiquette « Diable » sur le mal. Je pense que l’Ancien Testament prenait sa place au stade d’évolution où était l’homme à ce moment-là. L’humain n’était pas encore prêt pour accueillir autre chose. C’est quand l’humanité a atteint un certain degré de maturité qu’elle a été prête à entendre parler de l’amour du Père. C’est le Nouveau Testament. Après l’évangile du Père et l’évangile du Fils viendra sans doute l’évangile du Saint-Esprit, quand l’homme aura atteint le degré de maturité nécessaire pour l’accueillir. Je pressens que l’œuvre du Saint-Esprit est en pleine action. Comme le vent qui balaye la surface de la terre, ainsi se fait le travail de l’Esprit Saint. Éclairant les profondeurs de nous-mêmes, tout ce qui était caché remonte à la lumière du jour. C’est ainsi que de plus en plus de lumière éclaire nos ténèbres intérieurs. Ce qui est caché doit remonter à la surface. Cela ne se fait pas sans heurt ni souffrance mais c’est le seul moyen d’élever l’être humain à un degré d’évolution supérieur.
La création
Imaginons une entité unique et incomparable. Appelons-la « Dieu ». Pourriez-vous vivre dans la solitude ? Imaginez que vous soyez unique et seul. À quoi rêveriez-vous ? Sans doute créer des semblables pour pouvoir échanger et partager. Dieu a ainsi créé une multitude d’âmes et s’est déployé dans cet immense univers. Il aurait pu dire : allez mes enfants, cet immense univers est pour vous. Apprenez, expérimentez, évoluez, grandissez, co-créez avec moi. Vous avez une éternité devant vous et, quand vous le souhaiterez, vous reviendrez en mon cœur.
Imaginons dès lors cette multitude d’âmes en train de créer différents mondes dans ce vaste univers. Imaginons qu’une partie de ces âmes ait voulu expérimenter la coupure avec Dieu. Appelons ces âmes « la race humaine ». Dans son immense amour, Dieu a laissé à ces âmes la liberté totale de choisir. Oui, même de choisir la rupture avec Lui. L’homme a ainsi pu tuer, voler, violenter, agresser… oui, dans sa pleine liberté, l’homme a pu expérimenter cela. Par son libre choix et non par le choix de Dieu. Par contre, tout étant lié dans cet univers, même si l’homme en a perdu la conscience, ce que l’homme fait à son frère ou à sa sœur, il le reçoit en retour, que ce soit dans sa vie actuelle ou dans une vie future. C’est ce que les bouddhistes appellent la loi du karma. Il ne s’agit pas d’être puni ou récompensé pour un acte commis. Il s’agit juste d’expérimenter soi-même ce que l’on a fait aux autres. Ce que je fais à mon frère, c’est aussi à moi que je le fais. Ce que je lui donne, c’est à moi que je donne. Ce que je retire, c’est à moi que je retire.
Le péché
Jeune, je comprenais très mal ce que signifiait le péché. Je confondais « péché » avec violation d’une morale. Par après, je constatai que la morale change au cours du temps car elle est liée à l’homme et à l’époque où il vit. Ce qui est permis à une époque ne l’est pas à une autre. Ce qui est permis dans une culture ne l’est pas dans une autre. C’est pourquoi je pense qu’il est important de se détacher de ces conceptions acquises du péché, surtout si c’est lié à la culpabilité. J’ai péché et je me sens coupable… Il s’agit d’extirper cette culpabilité. À mon sens, le véritable péché c’est la rupture originelle de l’être humain avec son créateur. Et, de cette rupture, découlent tous les autres écarts de l’homme avec les lois universelles. Je pense que cette reconnexion peut prendre du temps et un grand nombre de vies.
Pour moi, le péché c’est l’ignorance. J’ai oublié mon origine divine et, de là, vient la peur. De cette peur va découler le désir, le manque, la colère, l’agression, le vol…
La rupture d’avec le Créateur et le retour
Comme je l’ai écrit, cette rupture d’avec le créateur s’est manifestée dans l’apparition de l’ego, du moi : c’est-à-dire l’illusion d’être séparé des autres et de Dieu. Je reste persuadé que la séparation reste la mère de toutes les souffrances. Toutes les souffrances humaines sont une conséquence de cette séparation première. Cette séparation d’avec le créateur a aussi abouti à la croyance d’être séparé des autres. C’est pourquoi l’homme a aussi perdu la conscience que, ce qu’il fait à son frère ou à sa sœur, c’est aussi à lui-même qu’il le fait. Il l’a oublié. C’est pourquoi il vit parfois mal son karma, qui n’est en fait qu’un juste retour de ce qu’il a fait à son frère ou à sa sœur. Ce que j’appelle « le retour » est le réveil de l’étincelle divine à l’intérieur de l’homme. L’homme découvre qu’il est une partie de la Source. Son âme n’aspire alors qu’à une chose : le retour. Imaginez un homme qui a vécu pendant très longtemps hors de son pays, de sa maison, de sa famille. Son aspiration la plus forte est certainement de revenir « chez lui ». Il en va de même pour l’âme. Lorsqu’elle a vécu l’expérience de la séparation dans toute sa dimension, l’âme peut se réveiller et décider qu’il est temps de commencer le voyage du retour. Il peut y avoir chez des âmes une nostalgie incompréhensible. Il s’agit d’un souvenir très profond de l’âme par rapport à ses origines. En temps voulu, l’âme se souviendra de son véritable foyer et décidera du retour. C’est la parabole de l’enfant prodigue dans la Bible.
Certains auteurs disent qu’il faut abandonner cette nostalgie pour pouvoir vivre pleinement son incarnation terrestre. Si effectivement cette nostalgie est un obstacle pour vivre pleinement son incarnation, je suis d’accord. Par contre, je crois qu’il est possible de se reconnecter pleinement à la Source à partir de son corps dans la réalité de l’ici et maintenant. Il ne s’agit pas d’un retour aux sources déconnecté de notre incarnation mais plutôt en vivant pleinement cette incarnation. C’est la descente de l’esprit dans la matière.
Le bien et le mal
La notion de bien et de mal résulte en premier lieu de la séparation de l’homme avec son créateur. Le créateur est au-delà de toute dualité. À son actuel stade d’évolution, la dualité fait partie de l’homme. Avec l’évolution de sa conscience, l’homme devrait un jour aller au-delà de cette dualité pour vivre pleinement dans « ce qui est », la réalité pure sans aucune interprétation. Ce qui est, est. Point. La coloration de cette réalité résulte de nos projections mentales.
Mental et ego
Beaucoup pensent que le mental est le mal et qu’il doit être détruit. C’est une erreur. L’homme est aussi ce mental et celui-ci est aussi une manifestation du Suprême. Lorsque l’ego s’est manifesté suite à la séparation première d’avec le créateur, le mental a été dévié de sa fonction première. Il a commencé à créer des pensées à tort et à travers, tout comme le cancer qui provoque une multiplication de cellules. Lorsque le mental est calme et pacifié, ce qui est notre nature originelle, les pensées cessent. Il y a juste une vision directe de ce qui est, sans le filtre des pensées. Revenir au calme du mental est notre premier travail. La méditation peut aider.
La souffrance
J’ai dit que la souffrance première venait de la séparation d’avec la Source. Toutes les autres souffrances en découlent. Si nous nous relions à la Source, la peur tombe. Nous n’avons plus besoin d’agresser l’autre. Notre plus grand besoin est d’aimer et d’être aimé. La blessure d’avec Dieu a créé la blessure dans cet amour : la peur de ne plus aimer et de ne plus être aimé. Tous les actes de l’homme découlent inconsciemment de ce fait. Que faire pour que je sois aimé de l’autre ? Que faire si je ne me sens pas aimé de l’autre ? Très loin dans les profondeurs de l’inconscient, voici la peur et le besoin profond de l’être humain.
L’amour
L’être humain vit sans aucun doute l’amour de manière très éloignée de l’amour divin. Je pense que si l’homme pouvait sentir directement l’amour de Dieu, il fondrait sur place tel un épi de blé à la surface du soleil. C’est pourquoi Dieu ne peut se montrer que caché. Comparons l’amour de Dieu aux rayons du soleil. Essayez de rester plusieurs heures face au soleil, vous n’aspirerez qu’à une chose : de l’ombre, de l’ombre… Ainsi en est-il du niveau d’évolution de l’homme. Un long chemin d’évolution est encore à parcourir et cela ne peut être qu’en lien les uns avec les autres sur cette belle planète.
Le ciel et la terre
La tête de l’homme est tournée vers le ciel. Ses pieds touchent la terre. Le corps relie les deux. Voici la réalité de l’homme : un lien entre le ciel et la terre, la terre et le ciel. Nier le ciel et vous perdrez la connexion avec le haut. Nier la terre et vous perdez la connexion vers le bas. Qu’est-ce qui permet la foudre ? Une polarité magnétique inversée entre le ciel et la terre. Le lien entre terre et ciel provoque l’éclair. Il en va de même pour le travail d’un être humain. Un homme trop relié à la terre et peu au ciel devra faire un travail vers le haut. La méditation peut l’aider. Un homme trop lié au ciel devra faire un travail vers le bas. Il devra apprendre à vivre davantage dans la matière.
J’ai toujours cru que pour toucher Dieu il fallait « monter ». En ce qui me concerne, j’ai compris que mon souhait de « monter » était lié à ma peur de descendre et de vivre pleinement la vie terrestre. Mon travail était donc de me relier davantage à la terre, de m’y enraciner.
L’énergie sexuelle est liée à ce qu’on appelle dans certaines traditions « le premier chakra ». Il est lié à l’énergie de la terre. Nier cette énergie, la rejeter, c’est se couper d’une connexion énergétique vers la terre. Une fois que l’être humain a accueilli pleinement son énergie sexuelle, il peut alors faire un travail de connexion avec le ciel, c’est-à-dire faire monter cette énergie vers le ciel, spiritualiser cette énergie.
Dürckheim donnait l’exemple d’une méditante qui refusait d’entrer en contact avec son bassin. Elle acceptait de méditer mais à condition de ne pas « descendre en dessous de la ceinture ». Elle acceptait le haut du corps mais reniait le bas. Il était donc difficile qu’une connexion se fasse entre le ciel et la terre…
Malheureusement, l’énergie sexuelle a souvent été accusée de tous les maux par un grand nombre de religions. De sacrée, on l’a transformée en névrose… Elle a aussi été confisquée par l’ego qui l’a utilisée pour satisfaire ses appétits de pouvoir. Ce n’est pas par hasard que les pays totalitaires réglementent aussi fort la sexualité…
L’énergie de la terre, c’est aussi l’argent. Nous avons besoin d’argent pour vivre. L’argent est lié à la matière. Certaines religions ont aussi vilipendé l’argent auprès de leurs fidèles, tout en collectant elles-mêmes de grandes richesses… L’argent est une énergie positive, à condition qu’il soit orienté vers des buts nobles. L’argent qui devient uniquement un objectif et non un moyen de réaliser un projet utile au développement de l’âme est alors déconnecté du ciel.
Le pur et l’impur
Cette division fait partie du monde de la dualité. Tant que l’être humain considèrera qu’une partie de lui-même est impure, il créera aussi cette division à l’extérieur. Si je parle de pureté, je crée automatiquement la polarité inverse.
Si nous restons dans cette dualité, essayons de voir ce que recouvrent ces catégories. En observant attentivement, nous remarquons que la notion de pureté évolue suivant les âges, la société ou la culture où je me trouve.
Ce qui est pur à une époque ne le sera pas à une autre. Ce qui est pur dans une société ne le sera pas dans une autre. Ce qui est pur dans une culture ne le sera pas dans une autre. Nous ne pouvons donc pas prendre cette notion comme base pour la spiritualité.
Au-delà d’un certain degré de conscience, cette division n’a plus d’objet. Il n’y a plus que ce qui est, la réalité telle qu’elle est dans l’ici et maintenant. La coloration de cette réalité n’est qu’une manifestation de projections, de jugements de valeur et d’interprétations du mental. Nous parlons alors du reflet de la réalité et non plus de la réalité elle-même.
L’ombre et la lumière
La division entre l’ombre et la lumière fait partie du monde de la dualité. Là où je vois l’ombre, je verrai la lumière. Là où je vois la lumière, je verrai l’ombre. Réconcilier l’ombre et la lumière relève d’un travail d’alchimie intérieure. Ce travail d’alchimie commence par l’acceptation inconditionnelle de l’ombre en soi. L’homme est prêt à accueillir le jour en lui mais il a souvent beaucoup de problèmes avec sa nuit intérieure. Le travail d’individuation d’une personne, au sens jungien du terme, passe par la reconnaissance de ses ombres intérieures.
Notons que l’ombre de l’un n’est pas l’ombre de l’autre. Il n’y a pas pour moi d’ombre universelle. L’ombre c’est tout ce que je refuse de voir en moi-même et que je mets dans l’obscurité de mon être. Elle varie donc d’une personne à l’autre.
Ce travail d’individuation remet en question l’ego. C’est pourquoi l’ego préfère projeter les ombres sur l’autre plutôt que de les voir en lui-même. Or, je ne peux voir une ombre chez l’autre que si cette ombre est préexistante en moi. Comment cette ombre va-t-elle alors se manifester ? Via les autres. Je refuse mon agressivité, l’autre va devenir agressif envers moi. Je refuse mon homosexualité, l’autre va devenir homophobe à mon égard…
Le nettoyage intérieur
Il commence par l’observation neutre et sans jugement de ce qu’il y a en soi. Qu’est-ce que je refoule en moi ? Qu’est-ce que je n’aime pas en moi ? C’est ce qu’Osho appelait la Sadhana. Le regard lucide sur ses ombres rend cette ombre inopérante. C’est le rejet de ses ombres intérieures qui rend ces ombres puissantes. Le rejet énergise ces ombres car le propre de l’ombre s’appelle « Non ».
Il faut un moi solide pour affronter certaines ombres. Comme dirait Osho, ces ombres peuvent être horribles, abominables, le pire que l’on puisse imaginer. L’ego est fortement remis en question. Il pensait être bon, un exemple de pureté et de sagesse. Tout vole en éclat.
J’ai pu observer que ces ombres individuelles créaient des ombres collectives. Hitler par exemple n’est que la manifestation d’une ombre collective puissante générée par un grand nombre d’individus d’avant-guerre. À cette époque, les juifs étaient très mal considérés dans beaucoup d’États. Hitler a été une manifestation radicale de cette ombre collective. À Londres, j’ai vu une statue d’Hitler dans un musée de cire. Cette statue était mise sous la catégorie des « horreurs ». Cela m’a fait sourire. Le grand danger réside dans le déni de la responsabilité collective dans l’Holocauste. Et le collectif, c’est la somme d’individualités.
Ego et spiritualité
Une des grandes forces de l’ego est de se servir de la spiritualité pour asseoir sa puissance. Je peux tuer car j’interprète les textes sacrés de telle manière que j’y suis autorisé. Voilà où mène la folie de l’ego. Je ne peux imaginer un Dieu qui autorise à tuer ses propres créatures. Ce n’est pas Dieu qui tue. C’est l’ego qui le fait. Mais c’est tellement plus facile de penser que c’est au nom de Dieu que je peux le faire.
Oui, on a tué, massacré, violé au nom de Dieu. Il s’agit maintenant d’arrêter d’accabler Dieu de tous ces maux de l’humanité. C’est l’homme et l’homme seul qui, dans son inconscience, dans son ignorance, a créé ces horreurs. L’être humain est le seul responsable de ces dérives. Le seul péché c’est l’ignorance de mon origine divine.
Il est temps que la race humaine reconnaisse sa pleine responsabilité dans ce qui se passe dans le monde. Au niveau individuel, cela commence tout simplement par l’observation de mes propres actes quotidiens et leur impact sur les autres et sur l’environnement. Je roule en voiture ? Oui, je participe aussi à la pollution de la planète. J’achète un aliment emballé dans du plastique ? Il faut des centaines d’années à du plastique pour se dégrader. J’allume la lumière ? Si l’énergie provient d’une centrale nucléaire, je participe à la pollution nucléaire de la planète. J’harcèle un employé ? Je participe à la lourdeur relationnelle de la race humaine. Oui, chaque acte individuel nourrit et fait grandir un « égrégore collectif » de même nature. Les guerres ne sont que la manifestation d’un égrégore agressif de très grande ampleur.
En sens inverse, chaque méditation individuelle, chaque prière individuelle, chaque acte positif envers mon prochain nourrit un égrégore collectif de nature équivalente. Oui, l’ensemble des gouttes individuelles crée un lac, une mer ou même un océan. La race humaine est un seul corps et chaque cellule participe à la santé de ce corps. Si un grand nombre de cellules tombent malades, c’est tout le corps qui va tomber malade.
Ma religion est la meilleure
Celui qui prétend détenir la vérité est un menteur. Si Dieu est unique, ses manifestations sont innombrables. Il appartient à chacun de trouver sa voie. Il peut certes y avoir des chemins plus longs et plus escarpés que d’autres mais ceci relève de la liberté de chaque âme. Le temps ne compte pas pour Dieu. L’âme a une éternité devant elle pour vivre et expérimenter.
Prétendre détenir la vérité c’est encore rester au stade de la dualité. Si j’ai la vérité, cela veut évidemment dire que d’autres ne l’ont pas.
Mais qu’est-ce que la religion au fait ? Je pense que la religion a été créée par l’être humain du fait qu’il se sentait séparé de son créateur. Si l’être humain est relié au créateur, à quoi sert encore la religion ? Si vous vivez avec votre famille, allez-vous continuer à souhaiter la rejoindre ? C’est un non-sens.
Quand la race humaine aura retrouvé pleinement la mémoire de son origine, les religions n’auront plus aucun sens. En attendant, on fait avec…
Religion et liberté
Le plus grand don de Dieu à l’être humain c’est sa liberté de choix. Une religion qui imposerait quelque chose à un homme contre son propre libre arbitre serait en contradiction avec cette liberté offerte à l’homme.
L’homme peut s’imposer des règles décrites par une religion parce qu’il le choisit librement.
Névrose et religion
L’homme peut trouver dans la religion une manière de corroborer sa névrose. J’ai par exemple des problèmes avec ma sexualité. Je refoule cette partie de moi. Je fais alors vœu de chasteté pour adouber mon refoulement. J’ai des problèmes avec l’argent. Je fais vœu de pauvreté pour éviter de m’y confronter.
Cette névrose religieuse est d’autant plus difficile à régler qu’elle est légitimée par une voie religieuse. Il n’y a donc pas un choix libre de l’individu mais un choix motivé par sa névrose. Comment puis-je renoncer à quelque chose que je ne reconnais pas ? Comment puis-je renoncer à quelque chose que je n’ai pas ?
Avant d’adhérer à des règles religieuses qui restreignent notre liberté, il est essentiel à mon sens de soigner d’abord ses névroses.
La névrose est un refoulement, c’est donc une ombre en moi. La légitimer par un vœu spirituel bloque notre évolution spirituelle. Le travail intérieur préalable, c’est la reconnaissance de ces ombres. Une fois ces ombres reconnues, peu importe la règle que je m’impose. Mon choix est pleinement conscient, libre et non dicté par des blocages dans mon inconscient.
L’argent
L’argent est une énergie nécessaire dans notre monde actuel. Viendra peut-être une époque où l’homme sera suffisamment évolué pour s’en passer. En attendant, il faut vivre avec. Considérer l’argent comme un ennemi, il s’enfuira de vous. Pour certains, il est nécessaire de se libérer de leurs névroses liées à l’argent. « Je ne mérite pas de ». Comme la personne pense qu’elle ne mérite pas, alors bien évidemment elle ne reçoit pas. Ce que je crois devient ma réalité.
Je connais un Maître taoïste assez réputé qui génère beaucoup d’argent par ses activités. Beaucoup le décrient car il fait beaucoup d’argent. « Comment un être spirituel peut-il être lié à l’argent ? » disent-ils. Lorsque je l’ai rencontré, j’ai vu un homme très ancré dans la matière qui a fait sauter les verrous liés à l’argent. Mais il en fait aussi bénéficier les autres. Son domaine fait vivre des dizaines de familles.
L’argent devient un problème quand il ne circule plus. Il reste stocké dans les mains de quelques-uns alors que d’autres en ont grand besoin. Quelqu’un qui a beaucoup d’argent et qui ne le fait pas circuler, qui n’est pas dans le partage de son abondance, cet homme ne peut véritablement être heureux car il est lié à des frères et sœurs humains sur cette planète qui sont dans le besoin et en souffrent.
Un de mes superviseurs disait : tu as besoin de l’eau de ta piscine mais si cette piscine déborde, partagez-la. C’est dans le partage que naît la joie du cœur.
Avoir de l’argent n’est pas le problème. Le problème c’est l’attachement à l’argent. La quantité importe peu car une personne qui a peu d’argent peut aussi souffrir d’attachement. Tout attachement crée une chaîne qui freine l’évolution de l’âme. Osho Rajneesh avait des tas de limousines mais il n’était nullement attaché à elles. Tout pouvait lui être enlevé et son état intérieur serait resté parfaitement identique.
Alors réfléchissons à notre propre degré d’attachement : imaginons que je perde le surplus de ce qui m’est nécessaire. Comment vais-je réagir ?
Si vous avez des richesses, en argent ou d’une autre sorte, c’est vraiment génial pour vous. Partagez ce qui est superflu et votre joie sera décuplée. Ce que vous donnez à l’autre, c’est à vous-même que vous le donnez.
Nous créons notre propre réalité intérieure
« L’esprit est l’architecte » disait le Maître d’Arnaud Desjardins. Il en sera suivant nos croyances. Pense que tu es malheureux et ta réalité sera malheureuse. Demandez et vous recevrez disait Jésus. Frappez et on vous ouvrira. Mais il faut le croire totalement. Le doute crée l’échec.
Satisfaction des besoins
L’être humain peut accéder à des besoins supérieurs, la spiritualité, à partir du moment où ses besoins de survie sont satisfaits : respirer, manger, boire, se loger… l’être humain a besoin de très peu en fait. En 2008, à la suite d’un burn-out, j’ai rejoint une Communauté chrétienne durant 3 ans. Ma chambre était petite et basique avec une petite table, une armoire, un lit et un évier. Nous partagions les moments de prière le matin et le soir ainsi que le repas du matin et du soir. Dépouillé du superflu, axé sur l’essentiel, j’ai vécu les moments les plus beaux de ma vie. La société actuelle nous fait croire que les besoins les plus importants sont matériels et qu’ils sont la clé de notre bonheur. Pour faire fonctionner son économie, elle crée des besoins continuellement, ce qui laisse les hommes continuellement insatisfaits. La satisfaction spirituelle épanche notre soif et notre faim.
Lâcher-prise
Lâcher-prise c’est quitter le contrôle de l’ego pour faire confiance à la vie, à l’inconnu. L’ego est terrifié par ce qu’il ne connaît pas. C’est pourquoi il appréhende tellement le futur et fait tout pour garder le contrôle. Lâcher-prise c’est faire confiance qu’une partie de nous sait et pourvoira à nos besoins. Il ne s’agit pas d’entrer dans un schéma où je suis passif. C’est cesser de tout contrôler, de tout prévoir. Je fais ce qui est nécessaire et pour le reste, je m’en remets à ce qui est plus grand, ce qui me dépasse.
Lâcher-prise c’est aussi « faire la volonté du Père » : que ta volonté soit faite et non la mienne. C’est abandonner mon ego et faire confiance que le Père, la Vie, sait ce qui est bon pour moi.
Tel-Aviv, novembre 2009