Anne Ancelin Schutzenberger


Anne Ancelin Schützenberger (1919–2018) était une psychologue, psychothérapeute et professeure émérite à l’université de Nice Sophia Antipolis (France), où elle a dirigé pendant une vingtaine d’années le laboratoire de psychologie sociale et clinique. Née à Moscou dans une famille juive ashkénaze, elle grandit à Paris et obtint un doctorat en psychologie ainsi qu’un doctorat ès lettres. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engagea dans la Résistance française. Elle se forma au psychodrame auprès de Jacob Moreno à New York (États-Unis), à la psychanalyse auprès de Françoise Dolto, et au psychodrame triadique qu’elle contribua à fonder. Son apport le plus décisif reste la psychogénéalogie, qu’elle popularisa à travers son ouvrage Aïe, mes aïeux !, paru en 1988. Cette approche explore comment les traumas, secrets et événements non résolus des générations précédentes continuent d’agir, à l’insu des descendants, dans leur vie présente. Elle introduisit notamment les concepts de syndrome d’anniversaire et de loyauté familiale invisible, ainsi que le génosociogramme — un arbre généalogique élargi qui permet de visualiser en un seul coup d’œil les répétitions, traumatismes et non-dits traversant plusieurs générations d’une même famille. Schützenberger a enseigné dans de nombreux pays et est décédée en 2018, à quelques jours de ses 99 ans.

Note personnelle

Le livre d’Anne Ancelin Schützenberger Aïe, mes aïeux ! m’a beaucoup aidé à comprendre le fonctionnement des mémoires des lignées familiales sur ma vie. Il fut un moment où j’ai beaucoup exploré mes propres lignées familiales, du côté père et du côté mère, allant interroger mes oncles et tantes âgés encore vivants pour collecter des informations sur mes arrière et arrière-grands-parents. J’ai l’ADN de mes ancêtres dans mon corps, mais j’ai aussi un ADN familial dans mon inconscient. On pourrait parler d’inconscient collectif familial.

Anne Ancelin Schützenberger était universitaire. Elle a fait des recherches et a découvert que des traumas d’ancêtres pouvaient se manifester dans les générations suivantes, avec des cas très concrets. J’ai en souvenir, lors de mes lectures, le cas d’un tout jeune enfant qui avait la phobie de l’eau. Après recherche, un de ses ancêtres était mort de noyade. Lorsqu’on a transmis cette information à l’enfant, la mémoire, qui devait être reconnue, s’est libérée et la phobie a disparu.

J’ai eu l’occasion de rencontrer personnellement Anne Ancelin Schützenberger lors d’un congrès international sur la psychothérapie en Autriche, en 2000 je pense. C’était déjà une personne âgée, mais pleine de dynamisme. Je l’avais accompagnée à une conférence de presse lors de ce congrès et elle m’avait dédicacé son livre.

Extraits

Aïe, mes aïeux !

Liens transgénérationnels, secrets de famille, syndrome d’anniversaire, transmission des traumatismes et pratique du génosociogramme — Éditions Desclée de Brouwer, Paris (France), 1988 (rééd. 2007)

« Nous sommes moins libres que nous ne le croyons. Cependant, nous pouvons reconquérir notre liberté et sortir de la répétition en comprenant ce qui se passe, en saisissant ces fils dans leur contexte et dans leur complexité. Nous pouvons ainsi vivre enfin « notre » vie, et non celle de nos parents ou grands-parents, ou d’un frère disparu que nous remplaçons consciencieusement sans le savoir. »

— p. 23

« La loyauté familiale invisible est comme une loi non écrite qui nous oblige à répéter des comportements, des accidents ou des maladies pour rester « fidèle » au clan, même si cela nous fait souffrir. »

— p. 87

Cas cliniques

Exemples tirés des travaux d’Anne Ancelin Schützenberger

Le syndrome d’anniversaire

Une femme souffrait chaque année, à la même période, d’une maladie grave et inexplicable. L’analyse de son génogramme révéla que cette date correspondait à l’anniversaire de la mort d’un ancêtre. Une fois le lien identifié et conscientisé, les épisodes cessèrent. Schützenberger nomma ce phénomène le syndrome d’anniversaire.

La loyauté invisible sur trois générations

Dans une même lignée, les hommes avaient tous divorcé à l’âge de 30 ans, sur trois générations consécutives, sans qu’aucun n’en soit conscient. Ce cas illustre ce qu’elle appelait la loyauté familiale invisible : une fidélité inconsciente à un schéma ancestral, répété comme une loi non écrite.

Pour aller plus loin