Arouna Lipschitz


Arouna Lipschitz est une autrice, philosophe et enseignante spirituelle française, née à Paris, France. Son parcours singulier l’a menée d’une vie monastique de dix ans en tant que swami — sous le nom de Swami Sivalanda Radha — à une réflexion profonde sur la spiritualité incarnée et la relation amoureuse. À travers son concept de « La Voie de l’Amoureux », elle propose une synthèse entre sagesse orientale, psychanalyse et kabbale, visant à spiritualiser la matière plutôt qu’à fuir le monde. Elle a fondé l’école en ligne « Étoile de Conscience » où elle enseigne comment transformer le plomb des émotions en or spirituel. Son œuvre, marquée par une grande franchise, invite à une « nostalgie de l’unité » qui ne renie jamais l’incarnation humaine, le corps ou le désir.

Note personnelle

Arouna Lipschitz est une voix indispensable pour ceux qui refusent de choisir entre le ciel et la terre. Sa force est de dénoncer avec vigueur une spiritualité « vieille » qui se réfugie dans les grottes ou les ashrams pour fuir les réalités humaines. Pour elle, la véritable vérification de notre éveil se fait au contact des autres, dans le vif de nos relations. Elle nous rappelle avec une justesse percutante que nous sommes ici pour faire descendre l’esprit dans la matière, et non pour flotter dans un nirvana désincarné pendant que le monde souffre.

La spiritualité incarnée — au-delà du nirvana

Pour Arouna Lipschitz, la spiritualité ne doit plus être synonyme de renoncement ou d’isolement. Elle prône un « nouvel esprit » de fraternité où l’enjeu est de vivre dans le monde sans adopter ses pensées limitantes. Ce programme demande de spiritualiser le corps et la matière, car c’est là que l’âme devient tangible. Elle insiste également sur la nécessité d’un travail thérapeutique parallèle : tant que nous restons identifiés à nos blessures d’enfant ou à nos ombres, la lumière de l’esprit ne peut pas véritablement s’incarner. La thérapie soigne le moi, mais la spiritualité lui redonne son identité divine.

Extraits

L’un n’empêche pas l’autre

Le Souffle d’Or, Barret-sur-Méouge, France, 2003

Fuir le monde ou y vivre ?

« L’ascétisme, l’esprit de caste, le renoncement, le détachement, l’éloignement du monde, le mysticisme, la dévotion, le nirvana, c’est vieux, vieux, vieux. »

« Un nouvel esprit doit s’établir sur la terre : un esprit de fraternité où l’humanité constitue l’enjeu même de toute prétention spirituelle. C’est dans notre vie, au contact des autres, que notre spiritualité se vérifie, pas dans les théories ou les extases mystiques. Le nouveau, c’est de vivre dans le monde sans penser comme le monde, au lieu de fuir la réalité et les humains dans des grottes ou des ashrams. »

« Ce qui importe, lorsqu’on veut participer au programme cosmique de notre époque, c’est de préparer une terre sur laquelle une véritable fraternité humaine puisse prendre racine. Et cela commence par soi-même. »

La dimension collective de l’éveil

« Si la spiritualité conduit à l’intolérance, à la division, elle n’est qu’un vernis sur l’ego. »

« Ce n’est pas en fuyant dans l’exotisme et le nirvana que les spiritualistes prendront part à cette tâche gigantesque. »

La nécessité du travail thérapeutique

« Tant que nous restons identifiés à nos limitations, à nos manques, aux frustrations de notre enfant intérieur, les réminiscences du sublime passent difficilement la barre de l’inconscient. »

« N’avais-je pas, au début, fait la même chose avec le swami ? (…) Certes, mais… en parallèle avec une confrontation psychanalytique sur le divan qui avait évité la surcharge de bagages psychologiques dans mes escalades spirituelles. »

Dis-moi si je m’approche

Éditions des 3 Monts, Montviron, France, 2000

Le corps comme allié

« Dans le silence, je découvrais que le corps est le plus sûr allié de la quête de soi. »

« Dans le corps, l’âme devient tangible. »

Le détour par l’Orient

« Il est plus facile, lorsqu’on se rebelle contre une face de Dieu déformée par des parents, des prêtres ou des églises, de le retrouver sous une de ses faces exotiques. Les routes de Katmandou, de Bénarès, du Ladakh et autres lieux sacrés débordent de pèlerins occidentaux fâchés avec leur Dieu. »

La mémoire de l’âme

« Parti du « connais-toi toi-même » socratique, il évoquait les aspirants spirituels qui, une fois en chemin, évoluaient très rapidement parce que leur détermination à se connaître leur donnait l’occasion de liquider beaucoup de karma personnel. Ce faisant, ils brûlaient les voiles de leur ego, et libéraient un passage qui leur permettait d’accéder à leur mémoire d’âme. »

« Ce voyage dans la mémoire de notre âme est la clé d’une guérison personnelle. Elle contribue également à la guérison de l’âme du monde, et donc de la planète. Elle guérit notre histoire en même temps que l’histoire de l’humanité. »

Spiritualiser la matière

« Dieu n’a pas créé cette terre pour voir ses enfants flotter dans un état de nirvana et, dans cette félicité spirituelle, se détacher du reste du monde et de leurs frères humains. » (citant Aïvanov)

« C’est la matière, à commencer par notre corps, qui doit être illuminée aujourd’hui. L’Esprit est assez lumineux en lui-même, vous ne pensez pas ? »

« Pour être illuminé dans la perspective initiatique de la spiritualité, il faut réussir à faire descendre l’esprit dans la matière. C’est cela la véritable réalisation de l’Esprit : amener nos pensées, nos sentiments, nos actions, dans chaque cellule de notre corps. Nous devons vivre le ciel sur la terre, la lumière dans la matière et dans notre vie. »

Les limites de la thérapie

« Seul mon instinct étayait ma certitude qu’on ne guérit pas toute son âme, au sens de rendre entier son programme actuel, allongée sur un divan pour analyser ses schémas émotionnels et pleurer sur ses traumatismes d’enfance. »

« Ce moi, guéri par les psychologues, restait toujours amputé de son identité spirituelle. Une thérapie complète demandait l’exploration de la super-conscience, le réservoir de nos pulsions spirituelles et divines, l’aspect lumineux de notre monde psychique invisible, aussi réel que celui de notre inconscient. » (citant Aïvanov)

L’oubli et la mémoire

« L’oubli est le passage obligé de l’aventure humaine. Il est le présent de Dieu aux humains. Il leur donne le courage de poursuivre leur périple sur terre. (…) Cette amnésie spirituelle crée l’attente, la soif de l’infini, ce que les humains appellent l’âme. Elle les pousse à s’approcher de Dieu, à se trouver. »

« Tu fais descendre ta demeure divine sur la terre. Se souvenir est le cadeau des hommes à Dieu. Dieu et l’Homme, la matière et la lumière s’approchent de mémoire en mémoire retrouvée. »

Donner et recevoir librement

« Quand on donne par obligation, le plaisir n’est pas pur chez le donneur. Et cela gâche le plaisir de celui qui reçoit. Dans le domaine du service et de l’amour, rien n’est plus précieux que de pouvoir donner et recevoir librement, par choix. »

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