Chandra Swami


Chandra Swami (1930–2017) était un sage indien et maître spirituel de la lignée de l’Advaita Vedanta, né au Pendjab (actuel Pakistan). Scientifique de formation, il a tout quitté pour se retirer dans l’Himalaya et se consacrer à la méditation profonde. Reconnu pour sa réalisation spirituelle exceptionnelle, il a observé un vœu de silence intégral — le Mauna — pendant plus de trente ans, communiquant uniquement par écrit. Il a fondé le Sadhana Kendra Ashram à Domet, près de Dehradun, dans le nord de l’Inde, au pied de l’Himalaya. Son enseignement, d’une pureté rare, met l’accent sur le silence intérieur, la concentration du mental et la transformation des énergies vitales. Véritable pont entre la science et la mystique, il a guidé des chercheurs du monde entier vers la découverte de leur propre centre immuable.

Note personnelle

Lors de mon pèlerinage de trois mois en Inde et en Asie du Sud-Est, en 2009, j’ai eu la chance de séjourner trois semaines dans l’ashram de Chandra Swami, à Dehradun, dans le nord de l’Inde. Chandra Swami était un sage indien reconnu qui avait fait vœu de silence depuis plus de vingt ans — d’où le titre de son livre : Le chant du silence. Chaque matin, Swamiji donnait des enseignements sur la terrasse de l’ashram. On pouvait lui poser des questions et il répondait par écrit ; un de ses disciples lisait les réponses, qui étaient ensuite consignées dans la bibliothèque pour consultation.

Lorsqu’on est en présence d’un tel Maître, il y a tout de suite un sentiment de paix et d’harmonie. Chandra Swami est maintenant passé dans l’autre monde. L’image que je garde de lui est ce regard qui balayait les pieds de l’Himalaya, visible au loin. Mais que voyait cet homme qui avait réussi à percer son regard au-delà de la simple existence humaine ? La rencontre avec des Sages de cette carrure est une grâce et une bénédiction. Les extraits ci-dessous peuvent donner une idée de son enseignement. Certains viennent des réponses aux questions que j’avais moi-même posées durant les sessions questions-réponses.

Le silence et la transformation de l’énergie

Pour Chandra Swami, le silence n’est pas simplement l’absence de parole, mais un état de conscience où le mental cesse ses agitations. En pratiquant le Mauna, on cesse de disperser son énergie vers l’extérieur pour la retourner vers l’intérieur. C’est dans ce silence que l’âme peut entendre l’appel de l’Absolu. Par la discipline et la méditation, l’énergie vitale peut être transmutée en Tejas — l’éclat, une force d’attraction lumineuse du corps — puis en Ojas — l’énergie de la volonté et de la force mentale. Cette alchimie interne transforme le pratiquant : le mental, autrefois esclave des sens, devient le maître de la maison.

Extraits

Le chant du silence

Éditions du Relié, Gordes, France, 1996

Dieu qui attend

« Je viendrai à vous uniquement lorsque vous ouvrirez la porte à mon appel, pour me laisser entrer. Je ne forcerai pas votre porte pour venir à vous… Oui, je continuerai à vous appeler. »

Le retour

« Dieu est votre droit de naissance. Vous l’avez renié. Vous devez faire vôtre ce qui est déjà à vous. »

« La vie d’un homme sur terre est semblable à un exil. C’est un étranger dans ce monde. (…) Seul Dieu peut satisfaire et accomplir l’âme. »

Connaître ses vies antérieures

« Seul un homme sur mille est susceptible d’utiliser à bien la connaissance de ses vies passées ; pour les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres, cette connaissance n’apporte que trouble, confusion ou folie. »

« Oui, peut-être, mais cela ne vaut pas la peine d’essayer. Vous pourriez passer votre vie entière avant de prendre directement conscience des corrélations de vos vies antérieures ! Pourquoi ne pas vous consacrer à la réalisation du divin ? »

Qui suis-je ?

« La question la plus importante n’est pas « Pourquoi suis-je ici » mais « Qui suis-je ? » »

« Il vaut mieux commencer par chercher « ce qu’est le monde » que par se demander « qui l’a créé, comment il l’a créé et pourquoi il l’a créé ». Que voyez-vous ? Le voyez-vous tel qu’il est en réalité ? ou le voyez-vous en fonction de vos croyances préétablies ? (…) Il vaut même mieux commencer sa recherche à partir de la question : « Qui suis-je ? » Que signifie connaître l’univers entier sans se connaître soi-même ? »

Tous les noms de Dieu

« Il n’y a pas de différence entre Hari, Om, Ram, Krishna, le Christ, Allah, Dieu, Waheguru et tous les autres noms que les gens utilisent pour nommer le Divin. Tous ces noms représentent la même conscience éternelle et infinie (…). »

Risque de prendre un mauvais chemin ?

« Un mauvais chemin n’est qu’un chemin plus long. (…) Tous les chemins mènent tôt ou tard à Dieu. (…) En suivant le prétendu mauvais chemin, vous risquez seulement d’arriver plus tard à votre destination. »

Vaincre l’ego

« Le chercheur se doit de dominer son ego par la discrimination, la réflexion et l’amour. »

« Tant que l’ego est à l’œuvre, il crée des problèmes et s’occupe à les résoudre. Alors, la vie continue et on rate l’opportunité offerte pour la réalisation de l’être. »

« Vous n’avez pas besoin de perdre votre ego. Vous devez y renoncer avec opiniâtreté, et avec joie. Offrez-le au Divin. (…) Quand vous renoncez à l’ego, vous retrouvez votre divinité et vous devenez le Divin. »

« La nature déteste le vide. Dès que vous renoncez à votre mental, une force supérieure, une force consciente prend le relais et il y a plus d’harmonie dans votre vie, moins de friction, de peines et de tensions. »

« Il est vrai que la sadhana serait inutile s’il n’y avait pas d’ego. Mais l’ego est déjà là. Vous ne pouvez pas l’anéantir immédiatement. Vous devez d’abord l’affaiblir, puis le sublimer, le diriger autrement ; l’effort et la prière vous sont nécessaires. »

L’homme est féminin

« Si vous réfléchissez profondément, vous parviendrez à la conclusion que l’homme est féminin par rapport à la nature et à Dieu. Quelle que soit leur religion, les sages sont unanimes sur ce point. Vous devez coopérer et vivre en harmonie avec la nature et avec Dieu, et non pas essayer de les conquérir. »

Les pensées

« Les pensées naissent ou surgissent de l’extérieur et, vous identifiant à elles, vous commencez à travailler sur elles. Observez simplement les pensées qui viennent, et ne vous y attachez pas. »

Le chemin — aspiration et abandon

« Vous commencez par l’aspiration et la volonté, et vous finissez par l’abandon total. (…) L’abandon est la fin, l’aspiration et l’effort spirituel sont le début. »

L’unité et la multiplicité

« Il vous faut accepter et réaliser le fait le plus constant de la manifestation — à savoir la diversité dans l’unité et l’unité dans la diversité. »

La peur de la mort

« La seule façon de surmonter la peur de la mort, ou la mort elle-même, c’est de découvrir son Être immortel, véritable et éternel. »

L’esprit divin

« L’Esprit divin est présent en chacun, mais seuls quelques-uns le laissent œuvrer librement en eux. C’est votre ego qui l’empêche d’agir en vous à sa guise. L’Esprit divin n’est pas agressif. Il est amour et lumière. Libérez-vous de votre ego afin que l’Esprit divin puisse travailler librement en vous. »

La richesse et l’ambition

« 90 % des hommes riches et des politiciens meurent de crises cardiaques et pourtant tout le monde veut être riche ; tout le monde voudrait être en tête, à la place d’un premier ministre ou d’un président. (…) Vous voulez être Dieu. Votre ambition vous stresse. Vos désirs vous volent même votre paix. »

La compagnie des chercheurs

« Il vous faut choisir entre faire plaisir aux autres et progresser sur le chemin de la spiritualité. Tant que les autres ne perturbent pas votre épanouissement spirituel, vous pouvez coopérer avec eux. Recherchez uniquement la compagnie des chercheurs. »

L’amour

« L’amour ne vous lie pas. L’amour véritable vous libère. Il vous aide à vaincre votre ego, car l’ego peut difficilement faire face à l’amour. »

Se purifier

« Cette purification totale de votre corps-mental est un travail de longue haleine, qui exige à la fois un effort continu et déterminé de votre part, et la grâce divine pour défaire les imprégnations et les conditionnements passés. Lorsque l’expérience de l’unité s’établit en vous et ne vous quitte plus, lorsqu’elle devient permanente, c’est l’Accomplissement. »

« Le chemin est comme il est. C’est vous qui en faites quelque chose de facile ou difficile. »

Le présent

« Le présent ne se révèle à vous que si votre mental est complètement vide, silencieux, alerte et exempt de pensée. »

Psychothérapie et abandon

« Il y a deux cultures : celle des shamans, comme les bouddhistes et les jaïns, qui mettent l’accent sur l’effort, et celle des brahmins, qui ont foi dans le pouvoir suprême et mettent l’accent sur l’abandon. »

La transformation de l’énergie — Tejas et Ojas

« Le plaisir sexuel n’est pas le plaisir le plus haut que l’homme peut connaître. En fait, l’impulsion sexuelle est un instinct animal qui subsiste encore chez l’homme. Plus vous êtes conscient et désireux d’atteindre la réalisation de l’Être, plus cet instinct diminue d’intensité. Au lieu de descendre dans les centres inférieurs du corps, l’énergie sexuelle monte et se transforme d’abord en tejas, puis en ojas. Tejas est comme l’éclat du feu. Lorsque vous l’avez, votre corps physique devient une sorte d’aimant, irradiant la lumière, et une force d’attraction. Ojas est l’énergie qui renforce votre volonté et qui vous donne un mental fort. »

Concentrer le mental

« Quand le maître est faible, les serviteurs commandent dans la maison. (…) Le mental est essentiellement le maître des sens. Mais lorsque le mental devient faible, et que les sens dirigent le mental, toutes les pensées ne tendent que vers la satisfaction des sens. »

Les souffrances dans le monde

« Je pense que c’est l’homme lui-même qui est responsable de tout ce désordre et de toute cette souffrance. Il coupe et détruit les forêts, perturbant ainsi ce que nous appellerions aujourd’hui « l’équilibre écologique », entraînant inondations et sécheresses. Les différents déséquilibres de la société ainsi que la dégradation des valeurs morales ont beaucoup contribué à la souffrance humaine. À force de rechercher de plus en plus de confort et de commodités, l’homme pollue l’atmosphère et se rend la vie de plus en plus dure. Son égoïsme dépasse les limites du supportable et le condamne à être violent et agressif. Il crée l’enfer sur terre. »

L’ombre

« Quand l’énergie spirituelle est à l’œuvre, elle révèle toutes les tendances obscures et dissimulées de l’être humain avant de les purger. »

Pour aller plus loin