Durckheim


Karlfried Graf Dürckheim (1896–1988) était un psychologue, diplomate et philosophe allemand, né à Munich, Allemagne. Universitaire de renom et docteur en psychologie, sa trajectoire bascule lors d’un séjour de dix ans au Japon (1937–1947), où il s’initie à la pratique du Zen — une expérience qui transforme radicalement sa compréhension du psychisme humain. À son retour en Europe, il s’établit dans la Forêt-Noire, à Todtmoos-Rütte, Allemagne, où il fonde avec Maria Hippius le Centre de formation et de rencontre psychologique existentielle. Il y développe la « thérapie initiatique », une approche cherchant à réconcilier l’homme moderne avec sa dimension transcendante. Son œuvre, nourrie par les écrits de Maître Eckhart et la pratique du silence, propose un chemin de transformation où le corps devient le lieu même de l’expérience spirituelle. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des pionniers ayant permis à l’Occident de redécouvrir la dimension sacrée de l’existence à travers le quotidien.

Note personnelle

Karlfried Graf Dürckheim est pour moi un guide essentiel pour l’homme moderne égaré dans le « faire » et l’« avoir ». Sa sagesse, forgée dans le silence des monastères zen et la solitude de la Forêt-Noire, nous rappelle que nous sommes des êtres à deux pôles : un « moi existentiel » qui gère le quotidien, et un « Être essentiel » qui aspire à l’Absolu. Sa force réside dans sa capacité à transformer chaque instant ordinaire en exercice spirituel. Il ne nous demande pas de quitter nos vies, mais de devenir « transparents » à la Lumière — même au cœur de nos névroses et de nos souffrances. C’est une voie de réconciliation magnifique qui fait du corps le temple de l’Esprit.

Concepts clés

L’Être essentiel et le moi existentiel

Dürckheim distingue deux facettes de l’être humain. Le « moi existentiel » est celui qui travaille, réussit ou échoue, et s’inquiète du regard des autres — utile, mais souvent limité par nos peurs. L’« Être essentiel », lui, est notre noyau divin, la part de nous déjà reliée à l’Absolu et qui ne meurt jamais. La souffrance humaine vient souvent de l’oubli de cet Être profond au profit du petit moi. Le but du chemin est de permettre à cet Être de s’exprimer à travers notre vie de tous les jours.

La thérapie initiatique

Contrairement à la psychologie classique qui cherche à supprimer les symptômes, la thérapie initiatique voit dans la crise ou la maladie un « appel » de l’âme. Elle soigne l’homme en le reconnectant à sa dimension sacrée. Le thérapeute n’est pas un simple médecin, mais un compagnon qui aide l’individu à briser ses masques et ses fausses certitudes pour laisser jaillir sa vérité intérieure. C’est un processus de guérison globale qui vise le salut et la vérité profonde de l’individu.

Le quotidien comme exercice

Pour Dürckheim, la spiritualité n’est pas réservée aux moments de prière ou de méditation assise. Chaque action simple peut devenir un « exercice » si on l’accomplit avec une conscience totale. Le but est de rester en contact avec son centre intérieur malgré l’agitation du monde. En pratiquant la présence dans le moindre geste, nous apprenons à stabiliser notre paix intérieure et à transformer notre vie ordinaire en une transparence à l’Être.

L’ombre et la transparence

L’ombre représente tout ce que nous avons caché ou refoulé par peur ou par éducation. Dürckheim enseigne que pour trouver la lumière, il faut oser descendre dans son ombre. En acceptant nos parts sombres sans les juger, nous cessons de nous mentir à nous-mêmes. Cette honnêteté radicale nous rend « transparents » : nos blocages se dissolvent et la force de l’Être peut enfin circuler librement en nous.

Extraits

L’expérience de la transcendance

Éditions Albin Michel, Paris, France, 1994

L’éveil et la révélation de l’Être

« Le moi profane, son monde et ses catégories, en se durcissant, en se sclérosant, en s’opacifiant, dissimulent l’Être, mais celui-ci peut aussi, parce que l’homme souffre de cette situation, se révéler à travers eux. »

« De façon foudroyante et impérieuse peut nous être révélé quelque chose qui est totalement étranger et inaccessible à l’idée de mort, d’absurdité et d’abandon. »

— p. 37

« (…) celui à qui une telle expérience est donnée sait désormais que, dans son moi existentiel relatif, il est fondamentalement (…) différent. Il est « tout autre », et son devoir est alors d’en témoigner dans le monde. »

— p. 37–38

« (…) il prend conscience de sa nouvelle responsabilité. Il s’éveille à une nouvelle conscience. Il perçoit un appel. »

— p. 38

« Cet éveil à son Être essentiel est vécu comme une libération des sortilèges du monde contingent et comme une injonction impérieuse de l’Absolu. Faire partie des appelés est une charge que l’on doit porter avec humilité. »

— p. 38

« (après l’éveil) Le retour à la réalité quotidienne n’aura rien d’un désenchantement (…) mais sera vécu comme un nouvel enchantement, car le monde lui-même aura un éclat tout neuf. Il ne le percevra plus seulement dans son apparente platitude matérielle, mais aussi dans sa transparence à l’Être qui l’habite. »

— p. 47

« Aimer, vivre et se rendre utile dans le monde constituent autant d’épreuves, mais aussi la possibilité de se mettre au service d’un Être plus élevé (…). »

— p. 41

« Dans l’hindouisme c’est le Samadhi, dans le bouddhisme zen, le Satori, dans la tradition chrétienne, l’expérience sanctifiante de la Présence divine (…). »

— p. 108

« Et à l’instant où cet être s’éveille et entre en résonance, peuvent brutalement s’effondrer, tel un château de cartes, les douloureux mécanismes qui manifestent névrotiquement les nœuds et les désordres existentiels (…). »

— p. 98

« (…) une seule illumination ne saurait suffire à faire un « initié » ; l’exercice devra se poursuivre même si c’est à un niveau différent. (…) cela nécessite de la discipline. (…) il faut faire et refaire, encore et toujours, indépendamment de l’humeur et de l’envie du moment. »

— p. 44

« Nous sommes au seuil d’une époque où, comme jamais auparavant, s’ouvre largement la porte à l’expérience de cette Réalité de l’Être. »

— p. 108

« (…) les Forces de l’Être libérées, en le traversant, le structurent et l’unifient en sa Totalité (…). »

— p. 87

La souffrance et la mort initiatique

« (…) brusquement, il leur fut donné de lâcher les défenses naturelles, de tout abandonner, d’accepter l’inacceptable et de s’abandonner consciemment à l’inéluctable. Et c’est alors justement que l’incroyable peut se produire : d’un seul coup, la peur disparaît et l’homme fait en lui-même l’expérience (…). »

— p. 110

« (…) lorsque l’homme qui se trouve dans une totale solitude l’accepte (…) il peut alors faire l’expérience d’une protection inconcevable pour l’esprit humain, alors même qu’il est abandonné par le monde. »

— p. 110

« Au cœur de l’anéantissement, des ténèbres et de la cruauté de ce monde, l’homme accède à une Force, une Clarté et un Amour que l’on peut nommer sur-humains, parce qu’il les éprouve en contradiction avec toutes les contingences de ce monde ! »

— p. 110

« Dans la nuit la plus profonde de la souffrance humaine, dans l’angoisse de l’anéantissement et de la mort, dans le désespoir face à l’absurdité et la tristesse de la solitude, il peut faire l’expérience d’une Vie au-delà de la vie et de la mort (…). »

— p. 67

« Pour l’homme naturel, une (…) souffrance est source d’effroi, mais l’homme éveillé initiatiquement, lui, y trouve la chance, le chemin même (…). (…) dans l’acceptation de ce qui paraît inacceptable, il pourra trouver la possibilité de parvenir à une réalité plus profonde. »

— p. 127

« Au moment où se brise le moi naturel, peut naître un homme nouveau. »

— p. 127

« Il y est toujours question d’un « mourir » qui fait partie d’une métamorphose. »

— p. 133

« (…) cette épreuve est réussie lorsqu’on accepte la rupture et qu’on y survit, c’est-à-dire lorsqu’on laisse se déchirer le lien qui nous unit au monde, aussi terrifiante que puisse être la traversée de cette épreuve. Mais cela implique une nouvelle naissance. »

— p. 133

« La préparation à la « mort initiatique » et l’accompagnement au long de ce « passage sombre » — noyau de la thérapie initiatique — est le thème fondamental de nombreux contes et mythes et apparaît sous forme de descente aux abîmes, aux enfers, dans les gouffres effroyables, dans la nuit, etc. »

— p. 116

« Au cours de l’expérience initiatique (…), le lien qui reliait l’homme au vieux monde est rompu, il est dé-porté de son point de vue habituel et peut paraître dérangé. (…) Pendant un temps plus ou moins long, il est soustrait au monde ordinaire, il paraît souvent insensé aux yeux de son entourage, on le déclare schizophrène. Il est alors à souhaiter qu’il rencontre un thérapeute qui comprenne qu’il se trouve au cœur d’une expérience numineuse (…). »

— p. 133

La thérapie initiatique

« À notre époque, il existe de nombreuses personnes, et particulièrement des jeunes, qui tombent malades parce que cette dimension n’a jamais pu émerger chez eux, qu’elle n’a jamais été prise en considération, ou (…) qu’elle a été dédaignée. »

— p. 112

« Tout ce qui détruit ce qui fait obstacle sur le chemin de cette transparence et favorise ce qui la rend possible est au service du progrès sur cette voie. »

— p. 114

« (…) la thérapie initiatique vise la vérité intérieure. Dénoncer impitoyablement les masques, détruire les fausses structures solidement établies, mettre en pièce les modèles traditionnels, tout cela en fait partie, de même que permettre la rencontre avec les conflits premiers de l’existence, oubliés depuis longtemps, dissimulés dans l’inconscient tant collectif que personnel (…). On peut y rattacher les régressions, qui, lorsqu’elles ont la chance d’être au service de la libération des profondeurs refoulées, peuvent devenir fécondes. »

— p. 115

« L’éveil, la percée de l’Être est sans nul doute une grâce : ce n’est pas quelque chose que l’on « fait » mais on peut préparer les conditions de sa venue. Cet éveil est entravé lorsque l’homme est prisonnier de certains blocages, mais aussi quand le thérapeute qui le conduit est lui-même prisonnier de représentations et d’attitudes dans lesquelles la Force originelle et la source de l’Être ne sont pas prises au sérieux (…). »

— p. 97

« (…) la naissance de cette Force est préparée par un travail analytique qui dissout d’abord ce qui l’entrave, et qui provoque ensuite, par une maturation intérieure, la poussée de l’Être depuis les profondeurs cachées. Mais dans la plupart des cas, l’Être ne franchit pas la porte déjà ouverte, et sa flamme ne s’anime que s’il est illuminé et attiré par la lumière de l’autre. »

— p. 97

« Le maître oriental ne s’intéresse en aucune façon aux souffrances d’ordre psychologique de celui qui se confie à lui, encore moins à son histoire individuelle. (…) Il est exclusivement dirigé vers l’Être et tout moyen lui est bon pour s’adresser à cet Être. »

— p. 98

« La thérapie actuelle est encore très psychologisante dans ses fondements théoriques, et les thérapeutes (…) ne prennent pas suffisamment au sérieux les fondements essentiels, métaphysiques, de leur propre Soi. C’est la raison pour laquelle il y a danger que ne prennent le dessus des catégories de vision et de compréhension qui n’ont rien à voir avec les profondeurs ontologiques de l’Être, mais seulement avec les couches psychiques superficielles (…). »

— p. 93

« Le thérapeute initié conduit d’une certaine façon des ténèbres de la souffrance à la Lumière d’une Vie nouvelle. »

— p. 128

« Aux formes traditionnelles de thérapies, s’en ajoute aujourd’hui une nouvelle : la thérapie initiatique. Pour elle aussi, il s’agit de guérir, mais sur un tout autre plan. Ici, le thérapeute n’est pas celui qui vous rend la santé (…), il est plutôt (…) le compagnon sur le chemin de la guérison, sur la Voie du Salut. Il s’agit de tirer l’homme hors de sa détresse et de le conduire vers sa guérison, son salut. La détresse dont il est ici question est celle de la situation fondamentale de l’homme : misérable, parce qu’il est dominé par son ego, égaré dans le monde (…). »

— p. 121

L’ombre et l’intégration du féminin

« La prise en compte et la reconnaissance de l’ombre, comme figure de ce qui n’a pas été vécu et qui pourtant fait partie de la totalité bienfaisante de la vie, fait partie, de nos jours, de la méthode de base de toute thérapie orientée vers la psychologie des profondeurs. »

— p. 103

« (…) nous vivons dans notre civilisation occidentale une crise évolutive, crise causée par le refoulement dans l’ombre, au nom d’un prétendu progrès, de certaines aspirations, qui, parce qu’elles font partie de la totalité de l’être humain, se révoltent et font irruption avec violence. Ces mouvements (…) ne visent au fond, la plupart du temps, qu’à réintégrer des zones exclues. »

— p. 103

« Le problème essentiel que la psychothérapie moderne a à résoudre est la reconstruction de l’intégrité que l’être humain a perdue, parce qu’il a réprimé sa part féminine. »

— p. 63

« (…) pour devenir et rester un homme à part entière, il faut devenir un être humain total et donc accepter ce qu’il y a de féminin en soi et le développer. »

— p. 63

« (…) l’Occident a plutôt favorisé l’expression du pôle masculin et l’Orient celle du pôle féminin. Le côté oriental accentue le Yin, le côté occidental le Yang. Yin, le caractère féminin, tend à la réintégration de l’âme au sein du Tout-Un. Le Yang est plutôt le principe créateur s’affirmant dans la singularisation et la diversité des formes. »

— p. 63

Spiritualité, religion et vie quotidienne

« Pour certains, la religion est uniquement la croyance en un enseignement dogmatique dispensé par une institution cultuelle telle que l’Église ; d’autres, par contre, pensent qu’elle se fonde sur des expériences (…). »

— p. 126

« Dire d’un homme qu’il est plein d’abnégation, serviable et bon, ne permet aucunement de présumer de son enracinement initiatique dans l’Être. »

— p. 127

« (…) nous acceptons des valeurs morales et des représentations religieuses héritées, même lorsque ces formes sont à l’évidence erronées et constituent des fixations sclérosantes dans notre développement, et qu’elles devraient donc être remises en question, et finalement abandonnées. »

— p. 94

« Tout exprimer par le moyen de l’écriture, avec une absolue sincérité, peut apporter un grand soulagement, une réelle libération en vue d’une nouvelle évolution. »

— p. 139

« (…) si elle réussit à goûter pleinement ces instants de non-agir, à être simplement assise, là, paisiblement, c’est-à-dire si elle considère attentivement les virtualités intérieures que réserve le non-agir, possibilité d’un total lâcher-prise, d’un voir, écouter, goûter, tournés vers l’intérieur, alors elle a une chance de percevoir ce qui luit en sa plus profonde intériorité (…). »

— p. 149

« La foi naïve impute à un Dieu personnel des qualités proprement humaines ; il est bon, il peut se mettre en colère et, tel un surhomme, pardonner. Ce qui dépasse l’humain, ce qui nous est transcendant, le Mystère que nous nommons Dieu, c’est dans le meilleur des cas une conception superlative des qualités humaines (…). »

— p. 158

Le Centre de l’Être

Éditions Albin Michel, Paris, France, 1992

La nature de l’Être et du moi

« Qu’est-ce qui manque le plus à l’homme actuel ? C’est le calme intérieur, la sérénité et la joie de vivre. »

— p. 19

« Toujours le thérapeute doit chercher, avancer plus, sinon il ne peut plus aider les autres à avancer. »

— p. 21

« Rappelez-vous : sentir, toujours sentir — pas réfléchir. »

— p. 30

« L’expérience de l’Être est accessible à l’homme non pas parce qu’il est chrétien ou bouddhiste mais parce qu’il est un homme. »

— p. 31

« (…) la transcendance n’appartient à aucune religion. »

— p. 32

« (…) l’exercice sur le chemin consiste à mettre le moi au service de l’Être. »

— p. 37

« Être en accord avec l’Être ne signifie pas être dans un état de perfection. »

— p. 45

« Chacun de nous est conditionné par la famille dans laquelle il est né. Chacun de nous est conditionné par ses études, sa carrière, ses succès, ses échecs, ses amours, ses tristesses et par la position qu’il occupe aujourd’hui dans le monde. (…) Mais chacun de nous est aussi un être inconditionné qui est au-delà du temps et de l’espace. Je l’appelle l’Être essentiel par rapport à l’autre que j’appelle le moi existentiel. L’Être essentiel est au-delà de toutes les conditions. (…) Il se voit en opposition avec le moi existentiel conditionné. Cette tension entre ces deux pôles est le problème central de l’homme. (…) qu’y a-t-il entre le personnage conditionné et l’Être inconditionné ? C’est là qu’on découvre ce que la psychologie des profondeurs appelle l’ombre, ensemble de toutes les impulsions venant de cet Être essentiel qui jusqu’à présent n’a pas pu vivre. »

— p. 51–52

« (…) (L’homme aujourd’hui) est reconnu dans ce qu’il sait, dans ce qu’il a et dans ce qu’il peut mais il est méconnu dans ce qu’il est. »

— p. 75

« (…) si l’homme est capable de percer les différentes couches de conditionnements personnels et collectifs, il arrive à toucher quelque chose qui est identique pour tous les hommes. (…) Les différences sont celles de l’interprétation de l’expérience. Interprétation qui investit la culture, la tradition, la maturité personnelle. »

— p. 82

« Le grand danger est d’idéaliser l’Être. Par exemple de s’imaginer : « Si je suis transparent à l’Être, je n’aurai plus peur. » »

— p. 101

« Être relié à la transcendance ne signifie pas que nous réalisons de manière parfaite « ce que doit être un homme », mais avoir la force de nous voir dans notre vérité du moment. Ce qui s’oppose à un rapport vrai à l’Être, c’est le mensonge par lequel je me montre différent de ce que je suis. »

— p. 102

« Un homme qui se dit spirituel et qui n’a pas de contact avec la matière est quelqu’un dont on peut douter. On ne trouve pas le ciel si on élimine la terre. »

— p. 123–141

« Les qualités sensorielles, les qualités sensuelles sont une source d’expériences spirituelles. Parce que les qualités primaires sont beaucoup plus proches de la transcendance que les pensées. »

— p. 128

« (…) les qualités sensorielles sont beaucoup plus proches du divin que les pensées. »

— p. 59

« Le sens de l’individuation est de devenir et d’être authentique. (…) Ce que nous cherchons, c’est l’intégration du moi existentiel et de l’Être essentiel. (…) Ce travail d’intégration passe par la reconnaissance des grandes forces de l’inconscient. »

— p. 132

L’ombre et la vérité intérieure

« On dira de quelqu’un : « Quelle personnalité magnifique, il est bon, il a du succès, il fait tant de bien autour de lui — or si vous saviez tout ce qu’il y a en lui de méchant — mais c’est magnifique comme il peut supprimer ses instincts. » »

— p. 53

« Ainsi se développent dans l’ombre les agressions non vécues, les désirs interdits, les invitations refusées. Et se construit un comportement conscient qui se différencie de notre réalité sur le plan de l’inconscient. »

— p. 72

« Afin de rencontrer l’Être dans une expérience, il faut se permettre d’aller vers le noir, vers l’ombre, vers les ténèbres. On retrouve cette exigence dans les mythes de toutes les traditions (…). »

— p. 74

« Je considère que sur le chemin initiatique qui a pour sens l’éveil de l’Être, le travail sur l’ombre est particulièrement important. Le mensonge intérieur consiste à ne pas vouloir voir celui qu’on est. La reconnaissance de l’ombre permet l’intégration des opposés. »

— p. 135

« (…) le chemin c’est aussi côtoyer le noir et ne pas seulement rester à l’abri sur un îlot où tout est beau. Si l’homme qui se dit en chemin ferme les yeux pour éviter l’ombre, alors un jour la vie lui présente l’addition. »

— p. 151–127

« Voir l’ombre, c’est voir l’ensemble des impulsions et des réactions naturelles auxquelles on a renoncé au profit d’une image que l’on voudrait réaliser et dans laquelle on aimerait briller aux yeux des autres. Il s’agit de retrouver, dans l’ensemble des énergies refoulées, ces potentialités qui ne deviennent noires que parce qu’elles sont refusées. En elles-mêmes ces forces sont claires, lumineuses. »

— p. 124

« On est plein d’agressivité ! Mais (…) parce qu’on est bien élevé, on reste dans l’harmonie ! « Que vont dire les gens si nous nous disputons ? Et puis, j’aime mon mari et je dois bien me soumettre à ses désirs et à ses décisions ! » C’est l’harmonie ! Mais une harmonie qui refoule les instincts primaires, les instincts naturels. Alors on prie Dieu afin de rester dans l’harmonie ! On prie Dieu afin de pouvoir traverser et surmonter cette épreuve ! En vérité, on prie Dieu de pouvoir rester dans le mensonge ! »

— p. 124–125

« (…) nous devons reconnaître et accepter qu’on est plein de désirs, qu’on est plein d’agressivité. (…) que (…) faire avec ces désirs, avec ces pulsions ? Vous devez prendre une décision. (…) Ce renoncement n’est plus un refoulement mais une décision, un acte libre. »

— p. 125

La pratique et l’expérience au quotidien

« Dans le silence du moi, s’éveille la voix de la profondeur. L’exercice de la méditation est une éducation à entendre, à être à l’écoute. Il y a cette possibilité de goûter à l’intérieur de nous-mêmes, de sentir l’intérieur, de se mettre à l’écoute de l’intérieur. Se dévoile ainsi un espace et une durée qui n’ont rien à voir avec ce qui peut être mesuré. »

— p. 77–79

« Que veut dire méditatif ? C’est tout simplement le fait d’être en contact avec son Être profond. »

— p. 179

« Vous rencontrez une jeune femme, elle est jolie et vous avez envie de coucher avec elle ; pourtant vous êtes marié ! Ce n’est pas le diable qui apparaît là, c’est un désir parfaitement naturel. L’homme doit voir qu’en lui il y a ça, que le sexe est un instinct naturel et qu’il est là, bien vivant. Sur le chemin, il ne s’agit pas de nier le sexe. »

— p. 123–124

« Ces grandes expériences de l’Être sont très rares. Mais nous devons être attentifs aux petites expériences. Nous devons savoir qu’une telle expérience peut nous arriver dans n’importe quelle situation. (…) Le détonateur d’une telle expérience c’est soi-même, et pas une situation ou un objet extérieur. »

— p. 69–70

« (…) l’expérience de l’éveil ne fait pas encore un éveillé. Aussi faut-il que l’homme qui a fait l’expérience se mette en chemin pour devenir et être, petit à petit, celui qu’il a reconnu le temps de l’expérience. »

— p. 93

« Grâce aux psychotropes, peut être vécue une expérience de l’Être très authentique. Mais il n’y a pas, sinon très rarement, cet éveil de la conscience absolue qui dit : « Deviens celui-là, deviens celle-là ! » Le pauvre drogué est soumis à l’impératif de la conscience ordinaire qui lui dit « Reprends-en un peu ! ». »

— p. 93–94

« Dès que la transcendance nous touche, elle nous fait trembler sur le plan de l’ego. Parce que là où l’homme rencontre la transcendance, il ressent l’exigence d’effacer le moi. Ou, en tout cas, de lui faire perdre sa position centrale. »

— p. 92

« (…) c’est justement au tréfonds de la souffrance (…) qu’il y a un diamant noir avec un éclat extraordinaire. Ce n’est pas du masochisme. Ce n’est pas la joie de souffrir mais la joie de trouver là quelque chose qui transcende notre capacité de supporter l’insupportable. Je ne dis pas : « Il faut souffrir », mais je dis : « Si la souffrance est là, alors se présente à vous la chance de faire un pas en avant sur le chemin. » »

— p. 136

« Toute souffrance reste l’indication d’une séparation entre nous et l’Être transcendant que nous appelons Dieu. (…) en acceptant l’inacceptable, en acceptant la souffrance en tant que souffrance, arrive quelque chose qui est du domaine de l’expérience intérieure. »

— p. 162–163

« (…) le relief des qualités du réel (…) est toujours le miroir de la personne qui se rencontre elle-même dans ce qu’elle voit. »

— p. 143

« Le moi est le constructeur de cette tour d’ivoire qui nous sépare du Tout. Parce que la vie de l’homme n’est pas une ligne droite sans frottements. L’homme doit bien se cogner à gauche et se cogner à droite afin de trouver sa mesure. C’est ainsi que sur le chemin il n’est pas mauvais de risquer le danger (…). »

— p. 145–150

« Il faut faire la différence entre l’expérience mystique et la théologie. Nous devons essayer de prendre chaque situation du quotidien comme invitation à témoigner de notre Être essentiel. »

— p. 160–163

Pour aller plus loin