Osho Rajneesh


Osho (1931–1990), né Chandra Mohan Jain à Kuchwada, Inde, fut l’un des maîtres spirituels les plus charismatiques et controversés du XXe siècle. Professeur de philosophie, il quitte l’université pour devenir un orateur itinérant avant de fonder son ashram à Pune, Inde, puis l’éphémère cité de Rajneeshpuram en Oregon, États-Unis. Son enseignement est une synthèse unique entre les sagesses ancestrales — Zen, Soufisme, Tantra, Bouddhisme — et la psychologie occidentale moderne. Il prônait une spiritualité « totale », refusant le renoncement au monde au profit d’une vie où le matériel et le spirituel fusionnent — le concept du « Zorba le Bouddha ». Il est particulièrement célèbre pour avoir créé les Méditations Dynamiques, conçues pour libérer les tensions et les blocages émotionnels de l’homme moderne avant d’accéder au silence de l’esprit.

Note personnelle

Osho a vraiment été pour moi le tout premier enseignant spirituel digne de ce nom. Le premier livre spirituel que j’ai acheté vient de lui : Méditation — La connaissance de soi. On peut adorer ou détester Osho, on peut lui reprocher des tas de choses — mais son enseignement m’a donné l’électrochoc dont j’avais besoin pour sortir de mes croyances et de mes programmes. Comme un coup de pied dans la fourmillière.

Osho n’y va pas avec des gants. Il y va « franco ». Et c’est ce que j’aime en lui. Il maîtrisait non seulement les connaissances spirituelles de diverses traditions, mais aussi la psychologie développée en Occident — il avait donc les mots pour se faire comprendre du monde occidental. Je ne l’ai jamais rencontré, mais j’ai appris plus tard que le thérapeute qui m’a suivi durant six ans en France était lui-même un sannyasin d’Osho.

Concepts clés

La connaissance de soi comme seul devoir

Pour Osho, la spiritualité n’est pas une quête d’informations extérieures ou de dogmes religieux, mais la découverte de ce que nous sommes réellement. Cette connaissance de soi n’est pas intellectuelle — c’est une expérience directe qui rend l’individu spontanément humble, sincère et libéré de l’agressivité ou de la possessivité.

Le courage de l’ombre

L’exploration intérieure n’est pas un chemin paisible. Lorsque nous cessons de refouler nos pulsions, notre « face cachée » émerge sans fards. C’est un moment de panique et de terreur intense. Traverser ce calvaire est la torture inévitable pour « accoucher de soi-même » et rencontrer enfin celui qui n’est pas la bête.

Au-delà du mental et du savoir

Osho considère l’intellect et l’érudition religieuse comme des obstacles à la vision divine. Plus on devient savant, plus on s’éloigne du réel. La vision du vrai débute seulement lorsque le mental cesse de fonctionner et que l’esprit devient un miroir parfait, libéré de la moindre pensée.

L’amour comme don pur

Osho distingue l’amour passionné — attachement — de l’amour pur. L’attachement est une cage, même dorée, qui empêche l’oiseau de voler. L’amour véritable est un don sans rien demander en retour, une attitude d’« empereur » et non de « mendiant ».

Extraits

Méditation — La connaissance de soi

Osho Rajneesh — Éditions Le voyage intérieur, 1990

La connaissance de soi

« Retenez que votre seul devoir est de découvrir ce que vous êtes. La connaissance de soi vous rendra spontanément, naturellement humbles, sincères, exempts de colère, d’agressivité, de possessivité. »

— p. 97

« Ne cherchez pas la vérité dans le monde. N’interrogez personne pour être informé à son sujet. Si elle existe, elle ne peut exister qu’en vous. »

— p. 132

« N’étudiez pas les religions, sachez qui vous êtes, faites-en l’expérience. »

— p. 106

L’ombre et le calvaire intérieur

« (…) lorsqu’aucun interdit ne leur est opposé, les pulsions et les vécus oubliés émergent spontanément dans leur nudité sans fards. C’est un moment de terreur intense. En affrontant sa face cachée, son ombre, la réalité que recouvrait son masque quotidien, l’homme est pris de panique. Il aimerait fermer les yeux et enterrer aussitôt le monde grouillant aperçu au fond de lui-même. Il faut un courage peu commun pour traverser cette épreuve majeure. C’est un calvaire, la grande souffrance expiatoire. »

— p. 67

« Explorez votre monde intérieur, il contient des formes abominables qui, pour fantomatiques qu’elles soient, n’en restent pas moins puissantes. Vos pensées, vos rêves, vos pulsions inconscientes vous influencent fortement. La seule façon de vous libérer est de vous éveiller, de prendre conscience de la réalité. »

— p. 95

« Ce sera douloureux, ne vous y trompez pas, et votre calvaire commencera avec l’exploration lucide de la laideur de votre vie, de la mutilation intérieure que vous vous efforcez de dissimuler. Préparez-vous à une déception massive, à des découvertes quasiment insupportables. Cette torture est inévitable pour accoucher de vous-mêmes. Après avoir reconnu la bête en vous, vous rencontrerez celui qui n’est pas elle. (…) Fuir le péché et les ténèbres de la bête n’a rien d’une sadhana, c’est un refus de voir la réalité en face. Nier la présence de l’ennemi ne l’empêche pas d’être là. »

— p. 95

« Tant que vous dormirez, rien de tout ce que vous pouvez faire ne sera d’une utilité quelconque. »

— p. 133

Le mental et le vide

« La vision de Cela, du réel, débute lorsque le mental cesse de fonctionner (…). L’homme doit donc renoncer à la pensée, au connu et bondir dans le vide s’il veut trouver la réalité. (…) Les pensées sont des vagues, rien que de l’écume, des bulles qui éclatent aussitôt formées. »

— p. 109

« L’esprit devenu miroir parfait, libéré de la moindre pensée, se déploie dans une clarté éblouissante. »

— p. 109

« Celui qui veut connaître son identité réelle doit abandonner le bien comme le mal et renoncer à tout contenu mental. (…) Les pensées, qu’elles soient sublimes ou sordides, sont toutes surajoutées, acquises. Elles ne sont pas vous, elles entrent en vous et couvrent votre véritable nature de chaînes. (…) Vous êtes bourrés de pensées et plus vous devenez érudits, savants, avertis des choses religieuses, plus vous vous éloignez de la vision divine. »

— p. 120

« (…) lorsque votre intellect est trop absorbé dans des pensées spirituelles, votre esprit s’appesantit et votre âme ne peut s’élever, déployer ses ailes dans le ciel de la vérité. »

— p. 121

L’amour

« L’amour a deux possibilités. Il peut être passionné et attaché : alors, c’est comme si vous aviez attaché une pierre au cou de l’oiseau de l’amour afin qu’il ne puisse plus voler, ou comme si vous l’aviez enfermé dans une cage dorée. Si précieuse que soit la cage, une cage reste une cage et elle empêchera l’oiseau de voler. Quand vous libérez l’amour de la passion et de l’attachement, quand votre amour est pur, innocent, sans forme, quand vous donnez par amour sans rien demander, quand l’amour n’est qu’un don, quand il est empereur et non pas mendiant ; quand vous êtes heureux parce que quelqu’un a accepté votre amour et que vous ne le marchandez pas, alors vous libérez cet oiseau en plein air. Alors vous fortifiez ses ailes. Alors cet oiseau peut se mettre en route vers l’infini. »

Pour aller plus loin