Henri Le Saux (1910–1973), connu en Inde sous le nom de Swami Abhishiktananda, était un moine bénédictin français qui a consacré sa vie à la rencontre profonde entre le christianisme et l’hindouisme. Parti en Inde en 1948, il fonde avec l’abbé Jules Monchanin l’ashram de Shantivanam (« le bois de la paix »), sur les rives de la rivière Kavery, dans le Tamil Nadu, Inde. Ce lieu pionnier visait à vivre la vie monastique chrétienne dans le cadre et le style de vie d’un ashram hindou — une démarche alors révolutionnaire. Sa quête le mena à rencontrer de grands sages indiens, dont Ramana Maharshi, ce qui bouleversa sa vie et sa foi. Sa spiritualité est marquée par une tension permanente entre ses racines chrétiennes et l’expérience de l’Advaita (la non-dualité). Après le départ de Le Saux pour une vie d’ermite dans l’Himalaya, c’est le moine britannique Bede Griffiths qui reprit la direction de Shantivanam en 1968.
Note personnelle
Concepts clés
La grotte du cœur — l’esseulement
Pour Henri Le Saux, la véritable rencontre avec l’Absolu se situe dans la « grotte du cœur », un espace de solitude absolue. Il appelle cet état « esseulement » — une solitude qui peut devenir insupportable car elle demande le dépouillement de tout ce qui n’est pas l’Absolu, y compris les concepts religieux et les dogmes. À ce stade, l’âme réalise qu’elle ne dépend que d’elle-même dans son rapport à Dieu.
La fin de l’ego — l’usurpateur
L’éveil consiste à réaliser que l’ego est un usurpateur qui a pris une place déjà occupée par la Présence divine. Se perdre ou s’oublier est le cœur même de l’éveil. L’effort intellectuel pour résoudre les mystères divins est souvent une soumission aux exigences de l’ego et fait obstacle à la véritable expérience d’être.
Apprendre à être
Influencé par l’Inde, Le Saux chercha à dépasser le besoin occidental de « faire » pour apprendre simplement à « être ». Pour lui, l’expérience de Dieu se trouve aussi bien dans la préparation d’une soupe que dans le chant d’un oiseau ou le sourire d’un enfant. Le mystère divin est « juste à côté », dans le moment présent.
Extraits
Souvenirs d’Arunâcala
Henri Le Saux — Éditions du Seuil, Paris, France
La fin de l’ego
O Arunâcala,
nus de leur corps,
nus de leur cœur,
nus de leur esprit,
nus de leur soi ;
qu’à ceux à qui Tu as tout arraché,
tout ce qui serait encore capable en eux de dire : moi ! »
— p. 83
La Grotte du cœur
Shirley Du Boulay — Éditions du Cerf, Paris, France, 2007
L’esseulement
— p. 247–248
— p. 248
— p. 248
Apprendre à être
— p. 251
— p. 251
— p. 251
L’ego et l’éveil
— p. 253
— p. 401
L’expérience intérieure
— p. 393
— p. 389
— p. 389
— p. 396
Lignée vivante — Swami Atmananda
Pour ceux qui cherchent une référence contemporaine à cette démarche, il est essentiel de mentionner Swami Atmananda. Son parcours est d’une similitude frappante avec celui du Père Le Saux : ancien prêtre catholique belge, il s’est établi en Inde pour approfondir sa quête spirituelle. Devenu disciple du sage Chandra Swami, il a reçu l’initiation de Sannyas. Depuis son ashram à Rishikesh, en Inde (Satsang Bhavan), il continue de faire le pont entre les deux traditions, offrant un lieu d’accueil et d’enseignement pour les chercheurs occidentaux souhaitant marcher dans les pas du Père Le Saux.
Pour aller plus loin
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Livre FR
Souvenirs d’Arunâcala — Henri Le Saux (Éditions du Seuil, Paris, France) -
Livre FR
Journal (1948–1973) — Henri Le Saux (Éditions du Cerf, Paris, France) -
Livre FR
La Grotte du cœur — Shirley Du Boulay (Éditions du Cerf, Paris, France, 2007) -
Livre FR
Le Mariage de l’Orient et de l’Occident — Bede Griffiths -
Site
shantivanamashram.com — site de l’ashram de Shantivanam fondé par Henri Le Saux et Jules Monchanin, Tamil Nadu, Inde -
Site
ajatananda.org — ashram de Swami Atmananda à Rishikesh, continuateur de la démarche du Père Le Saux -
Site
infinityfoundation.com — article sur la vocation spirituelle d’Abhishiktananda