Ramana Maharshi

Ramana Maharshi (1879–1950), né Venkataraman Aiyer, est considéré comme l’un des plus grands maîtres de l’Advaita Vedānta (la non-dualité) du XXe siècle. Son parcours spirituel est unique : à l’âge de seize ans, il est saisi d’une peur soudaine et violente de la mort. Au lieu de fuir cette sensation, il décide de l’affronter en mimant son propre trépas pour découvrir ce qui, en lui, survit à la disparition du corps physique. Cette expérience d’éveil spontané le transforme radicalement, le libérant de toute peur et le plongeant dans une conscience permanente du Soi. Peu après, il quitte sa famille pour se rendre à la montagne sacrée d’Arunachala, dans le sud de l’Inde, qu’il considérait comme la manifestation physique de Shiva lui-même. Il y passera le reste de sa vie, d’abord dans le silence de grottes, puis au sein de l’ashram Sri Ramanasramam qui se constitua naturellement autour de lui. Son rayonnement, basé sur une présence silencieuse d’une intensité rare, a attiré des chercheurs du monde entier, dont C.G. Jung et le moine Henri Le Saux.

Note personnelle

Concepts clés

Le Soi (Atman) et le Silence

Le cœur du message de Ramana Maharshi est la réalisation du Soi. Il enseigne que notre véritable identité n’est pas l’ego, mais une présence divine et immortelle qui réside au cœur de chaque être. L’enseignement le plus pur se transmet par le Silence — par la seule puissance de son regard, il pouvait transformer la conscience de ses visiteurs avant même qu’un mot ne soit prononcé.

La quête du « Qui suis-je ? »

La méthode qu’il propose est l’investigation directe de la source du sentiment « Je ». En se demandant inlassablement « Qui suis-je ? », le chercheur suit la pensée jusqu’à son origine, dépassant les limites du mental pour atteindre la révélation du Soi. Cette pratique n’est pas une réflexion intellectuelle, mais une attention portée à la Conscience elle-même.

Le mental et le monde

Ramana définit le mental comme une force composée uniquement de pensées, dont la première est la pensée « je » (l’ego). Le monde n’apparaît que lorsque le mental émerge du Soi. Lorsque le mental s’apaise par l’investigation, le monde en tant qu’entité séparée disparaît pour laisser place au Soi resplendissant.

L’action sans ego

Ramana ne prônait pas le renoncement aux activités du monde, mais l’activité sans ego. Ce qui nous est destiné dans cette vie sera accompli par nous, que nous le voulions ou non. Le remède n’est pas l’inactivité, mais la compréhension que le corps accomplit les tâches pour lesquelles il est venu à l’existence, tandis que l’esprit demeure fixé sur le Soi.

Extraits

Karma Marga — in Bhagavan Ramana’s own words

Ramana Maharshi Centre for Learning, Bangalore, Inde, 2007

« Le remède n’est pas l’inactivité, ce qui n’est pas possible pour l’homme, mais l’activité sans ego. »

— p. 1

« Pour ceux qui aspirent au plus haut, découvrir sa vraie nature est le plus important. C’est la base de toutes actions et leurs fruits. »

— p. 8

« Ne vous inquiétez pas pour ce que vous devriez faire. Les choses se passeront comme elles sont destinées à se passer. »

— p. 9

« Ne vous inquiétez pas. Ce qui vous est destiné comme travail à faire dans cette vie sera fait par vous, que vous l’aimiez ou pas. »

— p. 11

« Aidez-vous d’abord vous-même ; ensuite vous aiderez le monde. Le monde n’est pas séparé de vous. »

— p. 13

« Aussi longtemps que la vie journalière est imaginée différente de la vie spirituelle, les difficultés apparaissent. Si la vie spirituelle est correctement comprise, on trouvera la vie active pas différente de la vie spirituelle. »

— p. 16

« (…) Il n’est pas nécessaire de renoncer à la vie d’action. Si vous méditez pendant une heure ou deux tous les jours, vous pouvez alors pourvoir à vos tâches. Si vous méditez de la bonne manière, alors le courant de l’esprit induit continuera à se manifester dans votre travail même (…). »

— p. 19

« (…) Quoi que ce corps ait à faire, quelles que soient les expériences à traverser, tout ceci était déjà décidé quand l’homme est venu à l’existence. »

— p. 41

« Une vie faite de pureté et de paix enrichira le monde 100 fois plus que ce que vous pourriez réaliser à travers une activité étatique extensive en matière de philanthropie et d’aide matérielle à l’humanité nécessiteuse. »

— p. 44

« L’état sans ego n’est pas un état d’indolence mais bien un état d’activité intense. »

— p. 58

« Seulement par la connaissance du Soi, l’homme peut atteindre le vrai et durable bonheur ; aussi longtemps qu’on ne connaît pas le Soi, on rencontrera une affliction sans fin ; dès lors, notre première tâche prioritaire dans la vie est de connaître le Soi. Tout autre effort se terminera seulement en vain. »

— p. 63

Qui suis-je ? — Les enseignements de Sri Ramana Maharshi

Sri Ramanasramam, Tiruvannamalai, Inde, 2008

Qui suis-je ?

« Je ne suis pas ce corps physique (…), ni les cinq organes de perception sensoriels, c’est-à-dire l’oreille, l’œil, la langue, le nez et la peau, et leurs fonctions correspondantes : l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat et le toucher. Je ne suis pas les cinq organes d’activité (…). Je ne suis pas les cinq forces vitales, le prāna etc. (…). Même l’esprit pensant, je ne le suis pas ; et pas non plus cet état d’ignorance dans lequel ne se trouvent que les impressions des objets, et non les objets eux-mêmes et leurs fonctions. (…) Après avoir rejeté tout ce qui a été mentionné ci-dessus comme n’étant « ni ceci ni cela », cette pure Conscience qui seule demeure — CELA je suis. »

— p. 5

La nature du mental

« Ce qui est appelé « mental » est une merveilleuse force inhérente au Soi par laquelle toutes les pensées s’éveillent. En dehors des pensées, le mental n’existe pas. Aussi la pensée constitue-t-elle la nature du mental. En dehors des pensées, il n’y a pas d’entité indépendante appelée « monde ». Dans le sommeil profond, il n’y a ni pensée ni monde. Dans les états de veille et de rêve les pensées sont présentes, ainsi que le monde. Tout comme l’araignée tire d’elle-même le fil de la toile et le résorbe en elle-même, le mental projette le monde en dehors de lui-même et le résorbe en lui-même. Quand le mental émerge du Soi, le monde se manifeste. Ainsi, lorsque le monde apparaît (comme réel), le Soi n’apparaît pas ; et lorsque le Soi apparaît (ou resplendit), le monde n’apparaît pas. Si l’on s’interroge assidûment sur la nature du mental, celui-ci finira par disparaître, laissant seul le Soi resplendissant. »

— p. 7

Comment le mental devient tranquille

« Par l’investigation « Qui suis-je ? ». La pensée « Qui suis-je ? » détruira toutes les autres pensées, et, semblable au bâton qu’on utilise pour remuer le bûcher, elle sera, elle aussi, finalement détruite. C’est alors que surviendra la réalisation du Soi. »

— p. 8

Méthodes pour connaître le Soi — le pranayama

« Son enseignement est basé sur le jnana, la réalisation par la recherche constante du « soham » — JE SUIS CELA. Pour les disciples qui ont des difficultés à se concentrer sur cette seule introspection, il évoque différentes méthodes selon l’aptitude de chacun. La pratique du pranayama est l’une d’elles. Envisagé sous l’optique du jnana, le pranayama est ainsi constitué : Na aham — Je ne suis pas cela (Expiration) ; Ko ham — Qui suis-je ? (Inspiration) ; So ham — Je suis cela (Rétention). »

Citations

« Les religions sont des fleuves, et l’océan dans lequel elles confluent, c’est le silence. »

« Si nous progressons, le monde progressera. Tels que nous sommes, ainsi est le monde. Sans comprendre le Soi, à quoi bon comprendre le monde. Sans la connaissance de l’Être, la connaissance du monde est sans intérêt. Plongez en vous-même et trouvez le trésor caché là. Ouvrez votre cœur et voyez le monde à travers les yeux du véritable Soi. Déchirez les voiles et contemplez la divine majesté de votre propre Soi. »

Pour aller plus loin