Swami Prajnanpad


Swâmi Prajnânpad (1891–1974) est un maître indien atypique né au Bengale, Inde, qui a réalisé une synthèse unique entre la sagesse millénaire de l’Advaita Vedānta et les apports de la psychologie moderne. Physicien de formation, il apporte à la voie spirituelle une rigueur scientifique, refusant tout mysticisme brumeux au profit d’un travail direct et concret sur la réalité de l’instant présent. Son enseignement ne passe pas par les grandes assemblées : il se transmet essentiellement de manière individuelle, à travers des entretiens où il pousse le disciple à une honnêteté radicale sur lui-même. Il ne fonde pas d’ashram traditionnel, n’a jamais cherché la foule. Son message central repose sur l’acceptation totale de « ce qui est » et sur la dissolution des conflits intérieurs par la seule lumière de la vérité. En Occident, c’est son disciple français Arnaud Desjardins qui diffuse largement sa méthode et le fait connaître auprès d’un large public.

Note personnelle

Concepts clés

Une nouvelle morale : le courage de la vérité

Swâmi Prajnânpad propose de substituer à la morale conventionnelle du « bien » et du « mal » une éthique de la vérité. Ce qui est réellement « mal », pour lui, c’est le manque de courage face à la réalité. Il n’y a rien de condamnable dans nos profondeurs : il n’y a que des effets de causes, des traces de souffrances et d’échecs accumulés, à observer avec une éthique scientifique.

La neutralité des faits

Tout fait est intrinsèquement neutre. C’est notre mental qui projette ses conceptions et qualifie les choses de « bonnes » ou « mauvaises ». La souffrance naît du refus d’accepter la chose telle qu’elle est. Sortir du jugement, c’est cesser de vivre dans le conflit et la peur — conditions indispensables pour que l’amour puisse naître.

La responsabilité totale

Chaque individu est seul responsable de son propre bonheur. Tant que nous blâmons les autres ou les circonstances, nous restons aveugles à nos propres mécanismes de défense et de refoulement. Le travail spirituel consiste à ramener à la surface tous les dynamismes profonds — haines et révoltes latentes — pour les dissiper.

La structuration de l’ego

Contrairement à d’autres voies qui prônent une destruction immédiate de l’ego, Swâmi Prajnânpad insistait sur une première étape nécessaire : structurer et affirmer le moi avant d’envisager l’effacement de la conscience du moi. On ne peut renoncer qu’à ce que l’on possède vraiment.

Extraits

Les formules de Swâmi Prajnânpad

Éditions de La Table Ronde, 2003

Oser regarder — pas de « mal »

« (…) il n’y (a) rien de mal et rien de condamnable dans ce qui était au fond de nous-mêmes. Ce sont simplement des effets de causes, les traces de blessure, de souffrances, d’échecs, de rêves non réalisés qui se sont accumulés en nous. Non seulement il n’y a rien de mal à « voir » le pire en nous, mais ce qui est réellement « mal », si on veut employer ce mot, c’est de ne pas avoir le courage de la vérité. C’est une nouvelle morale qui apparaît, celle de la vérité et de l’honnêteté. »

— p. 45

Regarder sans jugement — uniquement le vrai

« La plongée dans son monde intérieur doit se faire avec une nouvelle éthique, une éthique scientifique, le respect absolument sacré de la vérité, le désir non moins sacré de ne plus être dans le mensonge. »

— p. 45

Arrêter de se condamner

« La condamnation de vous-même vous fait vivre dans le conflit et dans la peur. Vivre dans la peur vous interdit l’amour et vous maintient dans l’égoïsme. Et c’est cette absence d’amour qui est la cause du « mal ». En vous aveuglant à ce que vous croyez mal à l’intérieur de vous, vous vous condamnez à faire le mal dans votre vie courante par ignorance et par aveuglement. »

— p. 46

Rien n’est bien ou mal en soi

« En soi, (…), tout fait est neutre et ne devient bon ou mauvais qu’en fonction de celui qui l’envisage. C’est le mental qui projette sur les faits ses propres conceptions et les qualifie de bons ou mauvais, comme si la même chose était toujours bonne ou toujours mauvaise, pour tout le monde, en tout lieu, à tout moment, en toutes circonstances. Le bien et le mal sont, au contraire, des notions aussi dépendantes et relatives que tous les autres phénomènes. »

— p. 90

Effacement de l’ego

« Il y a (…) une première étape de structuration ou même d’affirmation de l’ego avant d’envisager l’effacement de la conscience du moi (…). »

— p. 84

Oser affronter l’ombre

« (…) Swami Prajnanpad posait aux premiers aspirants qui voulaient s’engager auprès de lui : « Êtes-vous prêt à découvrir en vous le meilleur du meilleur et le pire du pire ? ». Certains, paraît-il, ne passaient pas le test de cette question et préféraient partir. Nous abordons la voie avec la mentalité ordinaire : nous voulons nous améliorer, supprimer les aspects de nous que nous n’aimons pas, développer ceux qui nous valorisent. Mais l’exigence de la voie est d’un tout autre ordre — elle demande l’abandon de cette perspective dualiste au profit de la seule vérité ; elle suppose d’être prêt à perdre bien des illusions sur soi-même, de renoncer à son « image de marque », ce qui ne se fait pas sans déchirement. Quoi que nous découvrions en nous, il ne s’agit pas de savoir si c’est bien ou mal mais si c’est ou non. La prise de conscience, en elle-même, est libératrice, à condition d’oser voir en pleine lumière, dans toute leur crudité, certains aspects de nous-mêmes. »

— p. 44–45

Le « récurage » de l’être

« Vous aurez à vivre bien des tribulations durant ce processus de mise au jour des dynamismes profonds, des haines et des révoltes latentes, des rêves et des enthousiasmes qui vous habitent. Tout doit être ramené à la surface et dissipé. Un « récurage » s’impose et il faudra le mener jusqu’à son terme. »

— p. 189

« Souvenez-vous : « Vous aurez à payer le prix complet. »

— p. 189

Autres paroles de Swâmiji

« Tout est neutre, tout est absolu, chaque chose est comme elle est. C’est vous qui la faites apparaître bonne ou mauvaise, agréable ou pénible. »

« Celui qui ne se voit pas lui-même n’arrête pas de parler des autres. Il passe son temps à repérer et à mépriser en autrui des fautes et des faiblesses qui sont en fait camouflées et refoulées en lui-même. »

« D’abord acceptez-vous vous-même. Quand vous ne vous acceptez pas et que vous vous imaginez être quelqu’un d’autre, un conflit surgit entre ce que vous croyez être et ce que vous êtes vraiment. »

« Vous êtes responsable de votre bonheur. Vous seul et personne d’autre. »

Pour aller plus loin