Thomas d’Assembourg

Thomas d’Ansembourg (né en 1957) est un psychothérapeute, conférencier et auteur belge, figure de référence de la Communication Non-Violente (CNV) dans le monde francophone. Ancien avocat au barreau de Bruxelles, Belgique, et conseiller juridique en entreprise, il opère un tournant radical après avoir constaté que la majorité des conflits humains naissent d’un déficit d’écoute — de soi autant que de l’autre. Il se forme à la CNV développée par Marshall B. Rosenberg et en devient l’un des transmetteurs les plus accessibles en langue française. Son best-seller Cessez d’être gentil, soyez vrai !, publié en 2001, traduit dans de nombreuses langues, l’impose comme une voix incontournable sur la paix intérieure et relationnelle. Autour du concept d’« intériorité citoyenne », il défend l’idée que la pacification de nos relations commence par celle de notre rapport à nous-mêmes. Pour Thomas d’Ansembourg, la connaissance de soi est un acte politique autant que spirituel.

Note personnelle

La lecture de Thomas d’Ansembourg a été pour moi un véritable électrochoc. Il met des mots précis sur ce « masque de gentillesse » que nous portons souvent pour plaire, pour être aimés ou par peur du conflit, tout en nous étouffant intérieurement. Son parcours d’ancien avocat apporte une dimension très concrète et pragmatique à son enseignement.

En apprenant à identifier mes besoins réels plutôt que de me plier aux « il faut » ou « je dois », j’ai découvert que l’authenticité n’est pas une agression envers l’autre, mais au contraire le fondement d’une relation durable et saine. C’est un guide précieux pour tous ceux qui, comme moi, ont longtemps confondu politesse et effacement de soi.

La Communication Non-Violente (CNV)

La CNV n’est pas une simple technique de langage, mais un art de vivre. Elle opère le passage d’une culture du jugement (qui a tort, qui a raison) à une culture de la responsabilité et de l’empathie. Le processus repose sur quatre étapes : Observation — décrire les faits de manière neutre, sans interprétation ; Sentiment — identifier l’émotion ressentie au lieu de projeter une critique ; Besoin — reconnaître le besoin universel non satisfait qui génère le sentiment ; Demande — formuler une demande concrète, positive et négociable. Comme le dit Thomas d’Ansembourg : « la violence est l’expression tragique de besoins non satisfaits ».

Concepts clés

Être vrai plutôt que gentil

La « gentillesse » de façade est souvent une violence silencieuse. Dire « oui » quand on pense « non » génère de l’amertume, de la fatigue, parfois des explosions de colère. Être vrai, c’est oser exprimer sa réalité intérieure avec respect — non pour blesser, mais pour maintenir une relation authentique et durable.

L’intériorité citoyenne

Thomas d’Ansembourg relie le travail sur soi à l’engagement collectif. Un citoyen qui soigne son écologie intérieure est moins enclin à projeter sa violence ou ses frustrations sur la société. La paix dans le monde commence par la pacification du système nerveux individuel.

Le manque de vocabulaire affectif

La violence — verbale ou physique — résulte souvent d’une incapacité à nommer ce que l’on vit. Nous avons développé notre intellect au détriment de notre cœur. Réapprendre à dire ses sentiments, c’est désamorcer la bombe de la frustration avant qu’elle n’explose.

Extraits

Cessez d’être gentil, soyez vrai !

Thomas d’Ansembourg — Éditions de L’Homme, 2001

« Je n’ai pas les mots pour dire ma solitude, ma tristesse ou ma colère. Je n’ai pas les mots pour dire mon besoin d’échange, de compréhension, de reconnaissance. Alors je critique, j’insulte ou je frappe. Alors je me pique, je picole ou je déprime. La violence, intériorisée ou extériorisée, résulte d’un manque de vocabulaire : elle est l’expression d’une frustration qui n’a pas trouvé les mots pour se dire. »

« Nous sommes habitués à évaluer les autres, à les juger et à les étiqueter sans leur révéler quels sont nos propres sentiments, sans oser nous dire. »

« J’ai pris conscience qu’en ignorant mes propres besoins depuis longtemps je me faisais violence et que j’avais tendance à reporter cette violence sur la tête des autres. J’ai accepté que j’ai des besoins, que je peux les écouter, les différencier, établir entre eux des priorités et en prendre soin moi-même plutôt que de me plaindre du fait que personne ne s’en occupe. »

« La violence est en effet la conséquence de notre manque de conscience. Si nous étions intérieurement plus conscients de ce que nous vivons vraiment, nous trouverions avec plus d’aisance l’occasion d’exprimer notre force sans nous agresser mutuellement. »

« Je crois qu’il y a violence dès que nous utilisons notre force non pour créer, stimuler ou protéger mais pour contraindre, que la contrainte s’exerce sur nous-même ou sur les autres. »

« La gentillesse peut être une forme de violence contre soi-même. Mais uniquement quand elle est un masque. Combien de fois avons-nous dit « tout va bien » alors que tout allait mal ? Sourire pour ne pas dévoiler sa souffrance, acquiescer par peur de déplaire ? »

« Nous avons éradiqué la vie intérieure et évidemment la vie spirituelle. Nous vivons dans la matérialité, dans l’immédiateté. Nous sommes agités de choses à faire en choses à faire. »

« Ce sera difficile de percevoir ce qui est vivant chez l’autre si je n’ai jamais sondé ce qui est vivant en moi. »

Pour aller plus loin