Vivekananda

Swami Vivekananda (1863–1902), né Narendranath Datta à Calcutta, Inde, est la figure historique qui a introduit le Vedānta et le yoga au monde occidental. Principal disciple de Sri Ramakrishna, il reçoit de lui une formation qui joint la rigueur philosophique à l’expérience mystique directe. Son intervention au premier Parlement mondial des Religions à Chicago, États-Unis, en 1893 marque un tournant : il jette les bases d’un dialogue spirituel inédit entre l’Orient et l’Occident, sous les ovations d’une salle conquise dès sa première adresse — « Frères et sœurs d’Amérique ». De retour en Inde, il fonde le Ramakrishna Math et la Ramakrishna Mission, institutions dédiées à la fois à la vie contemplative et au service social. Sa philosophie est celle de l’Advaita Vedānta — la non-dualité : chaque âme est potentiellement divine, et le but de la vie est de manifester cette divinité par le travail, la connaissance ou l’amour. Mort à trente-neuf ans seulement, il laisse une œuvre considérable et une empreinte durable sur la spiritualité mondiale.

Note personnelle

Vivekananda fut pour moi une source d’inspiration sur la voie vedântique de la non-dualité. Lors de mes quelques retraites au centre Ramakrishna de Gretz, près de Paris, France, je passais de nombreuses heures à la bibliothèque pour lire les enseignements de ce grand Sage, disciple de Ramakrishna, qui a fait connaître le Vedānta en Occident.

Concepts clés

L’équilibre entre progrès matériel et spirituel

Vivekananda voyait dans l’activité incessante de l’Occident un danger réel si elle n’était pas orientée vers un but spirituel élevé. La science occidentale et la sagesse orientale doivent se compléter : la prospérité matérielle n’est véritable que si elle est subordonnée à la prospérité spirituelle. Sans cette sympathie universelle, le progrès peut basculer dans la jalousie, la haine et l’autodestruction.

L’absorption dans l’Unité

Face à la peur de perdre son individualité dans l’Absolu, Vivekananda utilisait l’image de la goutte d’eau tombant dans l’océan. Loin d’être une disparition, rejoindre l’Unité signifie devenir l’Océan lui-même. Une fois cette unité réalisée, l’individu peut redescendre vers le monde pour en être une bénédiction.

Le service comme culte

Le véritable amour n’est possible que si l’on voit Dieu dans les autres. Servir les êtres vivants dans toutes leurs formes est la forme de dévotion la plus authentique. Vivekananda voyait dans le service social une voie spirituelle à part entière.

La priorité à la réalisation divine

La réalisation de Dieu doit primer sur tout, y compris sur la quête de pouvoirs surnaturels. Rechercher des pouvoirs avant d’avoir réalisé le divin risque d’alimenter l’égoïsme et de détourner de la voie juste.

Extraits

La vie de Vivekananda

Swami Nikhilananda — Éditions Christian de Bartillat, 1994

Sur le danger du matérialisme sans esprit

« À maintes reprises il avertit l’Occident du danger qui le menaçait. La brillante lumière qui éclairait l’horizon à l’Occident pouvait fort bien n’être pas le signe d’une aube nouvelle ; cela pouvait annoncer un immense bûcher funéraire. Le monde occidental était pris dans le labyrinthe de son incessante activité, dans ce mouvement perpétuel et sans but. La passion du confort matériel, en l’absence d’un but spirituel plus élevé et d’un sentiment de sympathie universelle, peut exploser en jalousie et en haine et aboutir ainsi à sa propre destruction. »

— p. 111

« (…) la connaissance de l’Esprit éternel (…) seule conférerait un sens à leur progrès matériel (occidentaux). »

— p. 111

L’analogie de la goutte d’eau

« Un jour une goutte d’eau tomba dans le vaste océan. Elle se mit à pleurer, à se lamenter, tout à fait comme vous en ce moment. L’immense océan se moqua de la goutte d’eau. « Pourquoi pleures-tu ? » lui demanda-t-il. « Je ne te comprends pas. Quand tu me rejoins, tu rejoins tous tes frères et toutes tes sœurs, les autres gouttes d’eau dont je suis fait. Tu deviens l’océan lui-même. Si tu veux me quitter, tu n’as qu’à monter sur un rayon de soleil jusqu’aux nuages. De là, tu pourras redescendre, petite goutte d’eau, et être une bénédiction pour la terre desséchée. » »

— p. 128

Sur l’amour et la présence divine

« L’amour, dans le vrai sens du terme, n’est possible que si l’on voit Dieu dans les autres. »

— p. 44

Ton Dieu est maintenant ici devant toi,
Révélé dans ces formes innombrables ;
Si tu les rejettes, où chercheras-tu
Sa présence ? Celui qui partage librement son amour
Entre tous les êtres vivants
Se consacre réellement à Dieu.

— p. 44

Comment essaies-tu, ô mon mental, de connaître la nature de Dieu ?
Tu tâtonnes comme un fou enfermé dans une chambre obscure.
Nous saisissons Dieu dans l’extase de l’amour ; comment y parviendrais-tu autrement ?

— p. 42

Sur la réalisation et les pouvoirs

« « Laissez-moi réaliser Dieu d’abord », dit Naren, « et peut-être alors saurai-je si je désire ou non posséder des pouvoirs surnaturels. Si je les acceptais dès maintenant, je pourrais oublier Dieu, je pourrais utiliser mes pouvoirs de façon égoïste et suivre ainsi une mauvaise voie. » »

— p. 33

Sur le lien entre élévation sociale et spirituelle

« (…) d’abord nul ne peut épanouir sa puissance spirituelle s’il vit dans une misère matérielle — il faut donc travailler à l’élévation sociale du peuple ; ensuite la prospérité matérielle, qui est la grande force de l’Occident, n’est une véritable prospérité que si elle est subordonnée à la prospérité spirituelle — il faut donc travailler à l’élévation spirituelle de toute l’humanité. »

Pour aller plus loin