La réincarnation est la doctrine selon laquelle l’âme, après la mort du corps physique, s’incarne à nouveau dans un nouveau corps pour poursuivre son évolution et son apprentissage. Si cette idée est naturelle en Orient — au cœur de l’hindouisme et du bouddhisme —, elle a également imprégné l’Occident antique : Pythagore, Platon, les Orphiques, les Esséniens et de nombreux courants gnostiques en faisaient le fondement de leur vision de l’existence humaine.
Elle a aussi traversé les premiers siècles du christianisme. De nombreux Pères de l’Église, dont Origène d’Alexandrie, en étaient proches. C’est au Concile de Constantinople, en 553 ap. J.-C., que la doctrine de la préexistence des âmes fut officiellement condamnée — non sans controverses et pressions politiques. La clef de la connaissance dont parle Jésus dans l’Évangile de Luc pourrait bien être celle-là.
Loin d’être une punition ou un cycle subi, la réincarnation est vue par les mystiques et les traditions ésotériques comme une opportunité généreuse — le temps nécessaire offert à chaque âme pour transmuter ses ombres en lumière, apprendre par l’expérience directe les lois de la cause et de l’effet, et exprimer progressivement sa pleine nature divine sur terre.
Note personnelle
Pour moi, la réincarnation n’est pas une théorie, mais une réalité vécue. J’ai eu l’expérience de souvenirs de vies passées remontant à ma conscience. Cependant, j’ai appris que la curiosité à ce sujet peut être un piège. Lors d’un atelier thérapeutique en résidentiel, j’avais connecté avec une vie antérieure et je me suis demandé si je devais aller plus loin. J’ai alors reçu ce message : « Visite d’abord ta vie actuelle avant d’aller voir tes vies antérieures. »
Je me suis donc attelé à faire la paix avec mon éducation, mes parents et ma propre histoire. Avec le recul, je suis convaincu que tout est dans l’instant présent : nos mémoires passées s’y manifestent continuellement. Des années plus tard, mon travail intérieur m’a amené à aller visiter mes vies passées pour comprendre la source de la culpabilité qui a façonné ma personnalité.
La réincarnation dans les grandes traditions
Hindouisme et Bouddhisme
Dans l’hindouisme, la réincarnation — samsâra — est le cycle naturel des naissances et des morts, gouverné par la loi du karma. L’âme individuelle, l’âtman, traverse de nombreuses existences jusqu’à la libération finale, le moksha — l’union avec le Brahman, la conscience universelle. Dans le bouddhisme, le processus est analogue mais sans âme permanente au sens strict : c’est la continuité d’une conscience conditionnée qui se réincarne, jusqu’à l’éveil (nirvana) qui met fin au cycle.
L’Occident antique et le christianisme ésotérique
Pythagore affirmait se souvenir de ses vies passées. Platon, dans le Phèdre et le Timée, développe une doctrine de la préexistence et du retour des âmes. Les néo-platoniciens, les gnostiques, les cathares — tous partagent une vision de l’âme en voyage à travers plusieurs corps.
Dans le christianisme des origines, Origène d’Alexandrie (185–253) enseigne la préexistence des âmes et leur évolution à travers de multiples existences. Sa doctrine est condamnée au VIe siècle. Mais les traces de l’enseignement réincarnationniste dans les Évangiles demeurent — pour qui sait les lire.
La Kabbale et le Zohar
Dans la tradition mystique juive, la réincarnation est désignée par le terme guilgoul — littéralement « roulement » ou « rotation ». Le Zohar, ouvrage fondamental de la Kabbale, y fait explicitement référence : lorsque l’âme n’a pas achevé sa mission durant son passage sur la terre, elle est déracinée et transplantée de nouveau. La libération — l’âme qui n’est plus contrainte de revenir — est présentée comme une bénédiction.
Concepts clés
Le karma — mémoire et non punition
Le mot « karma » est un terme sanskrit signifiant « action, œuvre ou acte ». Il désigne nos actes et leurs conséquences tout au long de nos incarnations — d’où le sens courant de « cause à effet ». Mais les lectures d’Edgar Cayce apportent une précision philosophique essentielle : le karma n’est pas une « dette » à payer selon un barème universel, ni une série d’expériences déterminées par nos actions passées. Le karma est une mémoire — une source d’information, contenant des éléments positifs et négatifs, où le subconscient puise les renseignements qu’il utilise dans le présent. Ceci explique les affinités ou les animosités spontanées que nous ressentons à l’égard de certaines personnes.
Cette mémoire influence nos pensées, nos réactions et nos décisions — mais le libre arbitre garde toujours le dernier mot. La perspective de Cayce n’est en aucune manière fataliste.
La loi d’attraction karmique
Nous attirons les circonstances et les personnes qui nous offrent les meilleures occasions d’assumer notre mémoire karmique. Le karma ne s’établit pas entre les individus mais envers soi — « l’on est toujours confronté à soi-même » à travers nos rapports avec autrui. Voilà pourquoi, au lieu de nous attribuer l’entière responsabilité de nos difficultés, nous avons souvent tendance à en rejeter la faute sur nos semblables. Nos interactions avec les autres nous permettent d’être confrontés à nous-mêmes et de vivre des événements qui nous enseignent et nous aident à progresser.
Les lectures de Cayce soulignent que nous ne rencontrons jamais quelqu’un accidentellement — il n’y a pas de coïncidences. Les épisodes vécus ensemble réapparaissent souvent lors d’incarnations ultérieures, en tant que liens familiaux, professionnels, culturels ou ethniques.
Le choix de l’incarnation
Selon Cayce, nous ne nous réincarnons pas immédiatement après la mort. Dans l’au-delà, l’âme récapitule tout ce qu’elle a traversé et sélectionne, parmi les leçons qu’elle doit apprendre, celles qu’elle se sent capable d’assumer pour continuer son évolution. Elle attend le moment propice pour renaître. Elle retourne d’ordinaire dans un milieu qu’elle a connu. À chaque nouvelle vie, elle opte entre un corps masculin ou féminin selon l’objectif de son incarnation — et choisit l’entourage et les conditions (parents, famille, lieu, époque) qui lui permettront de se perfectionner.
Il convient de noter que talents et qualités ne se perdent jamais : les facultés cultivées dans chaque incarnation augmentent le capital du futur. Le don des enfants prodiges est la résurgence d’un talent exploité dans des existences précédentes.
Le libre arbitre — maîtres de notre destinée
Le passé ne fournit qu’une conjoncture possible ou probable. L’être humain n’est pas simple spectateur : il joue un rôle dynamique dans le déroulement de sa propre existence. Deux personnes pourront adopter une attitude très différente face à une même épreuve — la perte d’un emploi, par exemple. Tandis que la première sombrera dans l’angoisse, la seconde verra là une occasion inespérée de refaire sa vie. Ce sont nos choix et nos actions du moment, issus de notre libre arbitre, qui importent réellement. La réincarnation n’est donc pas un destin subi mais un cadre dans lequel se joue la liberté.
La libération — ne plus s’incarner
Le cycle des incarnations se poursuit jusqu’à ce que toutes les leçons soient assimilées — jusqu’à ce que nous personnifiions l’amour universel et exprimions notre essence divine dans tous les aspects de la vie sur terre. C’est le moment de la « victoire » où, selon l’Apocalypse de saint Jean, l’âme devient un « pilier dans le temple de mon Dieu et n’en sortira plus jamais ». Aucune âme n’est perdue dans cette conception — ce qui permet de tourner le dos à la rigide théologie d’un jugement divin basé sur une seule vie.
La réincarnation et les Écritures
De nombreux passages des Évangiles et de l’Ancien Testament prennent une tout autre dimension lorsqu’on les lit à la lumière de la réincarnation et de la loi karmique.
Dans Luc (XI, 47-54), Jésus déclare : « Ainsi cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la création du monde. » Comment une génération pourrait-elle rendre compte des actes d’une autre génération ? Lu dans la perspective de la loi karmique, le passage prend tout son sens : une génération peut avoir à assumer la dette karmique d’une autre. Jésus ajoute : « Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance. » De quelle connaissance s’agit-il ? Dans la continuité de ce qu’il vient de dire, la réincarnation et le principe du paiement des dettes karmiques éclairent le texte d’une lumière nouvelle.
Jésus disait également : « Vous payerez jusqu’au dernier centime. » Si quelqu’un a fait le mal toute sa vie et meurt tranquillement dans son lit, comment peut-il encore payer ? Avec la réincarnation, il devra payer dans une autre vie. C’est pure justice.
Extraits
Les Évangiles et l’Ancien Testament
Jean III, 1-10
— Jean 3, 3 (Nicodème interroge Jésus, qui finit par lui dire : « Tu es docteur en Israël et tu ne sais pas cela ? »)
Matthieu XVII, 12
— Matthieu 17, 12
Jean V, 25-29
— Jean 5, 25-29
Jean IV, 37-38
— Jean 4, 37-38
Matthieu XXVI, 52
— Matthieu 26, 52
Luc XI, 47-54
— Luc 11, 47-54
Le Livre de Job
— Job XIV, 14
— Job IV, 8
— Job XXXIII, 29
L’Ecclésiaste
— Ecclésiaste XI, 1
Les Psaumes
— Psaume 90, 3
Le Zohar
Ouvrage mystique fondamental de la Kabbale juive — cité par Hettie-Henriette Védrine dans La réincarnation et la vie éternelle
La réincarnation et la vie éternelle
Hettie-Henriette Védrine — Éditions De Vecchi, Paris, France, 2008
La générosité de la réincarnation
— p. 24
— p. 24
La justice divine
— p. 27
Les dettes qui suivent
— p. 28
Les leçons du programme scolaire de la vie
— p. 28
La libération finale
— p. 28
Sur la peur de l’hérésie chez les chrétiens
— p. 21-22
Les lectures d’Edgar Cayce sur la réincarnation et le karma
Edgar Cayce (1877–1945) — Lecture 5753-2 et lectures de vie — Association for Research and Enlightenment (A.R.E.), Virginia Beach, États-Unis
L’essentiel est le présent
Le karma comme mémoire
Le croquemitaine karmique
Pourquoi chercher à connaître ses vies passées ?
— Lecture 5753-2
Pour aller plus loin
-
Livre FR
La réincarnation et la vie éternelle — Hettie-Henriette Védrine (Éditions De Vecchi, Paris, France, 2008) -
Livre EN
Children Who Remember Previous Lives: A Question of Reincarnation — Ian Stevenson (University of Virginia Press, Charlottesville, États-Unis, 2001) — enquête scientifique sur les souvenirs de vies antérieures chez les enfants -
Site
hindouisme.org — présentation de la réincarnation dans la tradition hindoue, avec ses fondements philosophiques et scripturaux -
Site
martinbilodeau.com — synthèse accessible sur la réincarnation, ses fondements et ses implications spirituelles