Livre 3

Ce livre parle du cœur.

Cette page propose du matériel pour le Livre 3. Je vais y mettre du contenu progressivement — au fur et à mesure que l’inspiration me viendra. Toi, lecteur, tu auras ainsi accès au livre qui s’écrit. Par la suite, je relierai le tout en un volume.

Guérir le cœur par les Noms de Dieu

Un seul Nom ne peut pas couvrir tout ce qu’est Dieu. Comment une seule syllabe, un seul mot, pourrait-il contenir l’infini ? C’est pourquoi différentes traditions spirituelles ont donné à Dieu des noms multiples — chacun désignant une qualité, une face, une dimension de l’Absolu inaccessible dans sa totalité.

Dans le christianisme et la tradition hébraïque qui le précède, Dieu porte plusieurs Noms, chacun révélant un aspect différent de sa nature. Eli (mon Dieu), Ela (le Dieu vivant), Tétragrammaton (l’Être pur, celui qui est, qui était et qui sera), Adonaï (le Seigneur), Sabaoth (le Dieu des armées)… Ces Noms ne sont pas de simples titres : ils sont des révélations progressives de ce qu’est Dieu dans sa relation à l’homme.

Dans le soufisme (mystique de l’islam), cette pratique s’appelle le dhikr — littéralement, le « rappel ». Les 99 Noms d’Allah (Asmāʾ ul-Ḥusnā) constituent un corpus de qualités divines : Al-Raḥmān (le Très Miséricordieux), Al-Wadūd (le Très Aimant), Al-Shāfī (le Guérisseur), entre autres. Chaque Nom est une porte. Répété dans le silence ou à voix haute, il fait vibrer en soi la qualité qu’il désigne.

J’ai fait une observation au cours de mes méditations. Il m’arrive de sentir, à un moment précis, qu’un Nom me convient mieux qu’un autre. Pas de manière intellectuelle — je ne choisis pas le Nom qui me semble juste. C’est plutôt lui qui vient, ou qui répond quand je l’essaie intérieurement. Comme si le cœur blessé reconnaissait ce dont il a besoin, sans passer par la tête.

En méditant sur ce Nom — en le laissant résonner, en ne faisant rien d’autre que tenir cette vibration — quelque chose se libère. Pas toujours de façon spectaculaire. Parfois c’est très discret : une légèreté, un relâchement dans la poitrine, une tristesse qui passe sans s’accrocher. D’autres fois, quelque chose de plus profond se défait, que je n’aurais pas pu atteindre par la volonté ou la pensée.

Chaque Nom résonne avec une facette particulière du cœur. Chacun ayant une vibration distincte, chacun travaille sur quelque chose de spécifique — une blessure précise, une fermeture, une peur ancienne.

Références

Noms de Dieu — tradition chrétienne / hébraïque
FR — gotquestions.org — liste complète des noms bibliques avec significations et références scripturaires.
EN — blueletterbible.org — noms hébreux avec étymologie et occurrences bibliques.

Noms de Dieu — tradition soufie / islamique
FR — al-salihin.com — les 99 Noms d’Allah avec leurs significations en français.
EN — myislam.org — full list with Arabic transliteration and English meanings.

Le Petit Prince et le Renard

Connaissez-vous Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry ? Le Petit Prince symbolise pour moi l’enfant intérieur qui communique avec le cœur grand ouvert. Jésus avait dit : « En vérité, je vous le dis : si vous (…) ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » (Matthieu 18,3) Je vous partage ci-dessous l’épisode de la rencontre du Petit Prince avec le Renard.

Le Petit Prince et le Renard — illustration d'Antoine de Saint-Exupéry
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943.

Extrait

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince
Gallimard, Paris, France, 1943.

— Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?
— C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… ».
— Créer des liens ?
— Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…
— Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu’elle m’a apprivoisé…
— C’est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses…

— Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

Le renard se tut et regarda longuement le petit prince :
— S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.
— Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
— On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
— Que faut-il faire ? dit le petit prince.
— Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…

Le lendemain revint le petit prince.
— Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites.
— Qu’est-ce qu’un rite ? dit le petit prince.
— C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche :
— Ah ! dit le renard… Je pleurerai.
— C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…
— Bien sûr, dit le renard.
— Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
— Bien sûr, dit le renard.
— Alors tu n’y gagnes rien !
— J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

Puis il ajouta :
— Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d’un secret.

Le petit prince s’en fut revoir les roses.
— Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n’avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.

Et les roses étaient gênées.
— Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous le globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c’est ma rose.

Et il revint vers le renard :
— Adieu, dit-il…
— Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.
— L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.
— C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.
— C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose… fit le petit prince, afin de se souvenir.
— Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose…
— Je suis responsable de ma rose… répéta le petit prince, afin de se souvenir.