Premier pas vers le pardon
Nous sommes en octobre 2007. Je participe à un atelier résidentiel dans les Vosges intitulé « Mort et Résurrection ». Le stage est animé par Paul, le même animateur du stage sur l’ombre quelques années auparavant. L’atelier est divisé en trois étapes : préparer notre mort symbolique, se libérer du passé, renaître à nouveau.
Lors d’un jeu de rôle, je mets en scène une vie antérieure revisitée lors d’une séance EMDR : cette vie où « un autre moi » aurait prononcé un jugement, jugement encore enregistré dans les profondeurs de mon inconscient. Je pressens que le pardon est une étape nécessaire pour retrouver la paix. Je mets en place un rituel où je demande pardon à toutes les personnes à qui j’aurais pu causer une souffrance dans mes vies passées.
Durant l’atelier, je m’engage à reprendre les droits sur ma propre vie et à suivre désormais ce que je sens juste sur mon chemin.
Marche méditative dans le désert mauritanien
Au nouvel an 2008, je pars une semaine faire de la marche méditative dans le désert mauritanien. En balayant du regard l’horizon, j’ai l’impression d’être sur une autre planète.
Le désert me renvoie à moi-même. Face à cette étendue désertique qui s’étend à l’infini, je ressens avec encore plus d’acuité les ténèbres dans lesquels je suis pour le moment. Je n’ai plus de repère. Je n’ai plus rien à quoi m’accrocher. C’est le noir absolu à l’intérieur.
« Le désert est un miroir de mon intérieur. Il me renvoie complètement à moi-même, à ce que je vis pour le moment. Comme il n’y a pas de barrage entre le désert et moi, mes ombres me sont renvoyées sans ménagement. »
Lors du stage « Mort et Résurrection », j’avais pratiqué un rituel de pardon vis-à-vis d’autrui. Face à l’étendue de sable, je prends conscience que le pas suivant est de me pardonner à moi-même. Me pardonner de tout ce que j’ai fait, que j’aurais pu faire, que je n’ai pas fait, me pardonner mes choix de vie, me pardonner pour toutes ces pensées obscures que je ne maîtrise pas. Du plus profond de mon âme, je vais m’accorder ce pardon. Je rétablis ainsi le lien avec mon intériorité, avec le JE SUIS.
À la fin du séjour, je pose au désert cette question : « Qui suis-je ? ». Il répond : « Tu es la somme de toutes tes expériences et de tout ton vécu, présent et passé ».
Une belle rencontre
Après mon retour du désert, je rencontre une femme auprès de qui j’apprends beaucoup. Nous vivons de très beaux moments de partage dans un climat authentique, simple et léger. Artiste jusqu’au bout des ongles, elle vit dans un bel espace de vie, coloré, lumineux. Par ce qu’elle dégage, cette femme va m’apprendre à diminuer mes peurs et à m’ouvrir à la femme. Après une vie quasi-exclusive de célibataire basée sur de nombreuses expériences expéditives, je redécouvre les joies du partage.
Deuxième mort passage
En début d’année, je pressens un passage important. J’ai besoin d’aide. Je demande à une thérapeute formée en bioénergie de m’accompagner. Pendant plusieurs mois, ma thérapeute m’aide à structurer mon temps. Un jour, j’arrive particulièrement mal en point. Au cours de la séance, la vérité me transperce : « je n’en peux plus ! Oui, j’ai envie de mourir ! ». Je suis face à face avec ma pulsion de mort. Le mot terrible est lâché devant ma thérapeute : « suicidaire ».
Je m’effondre.
Je sors anéanti de la séance mais je peux enfin regarder cette pulsion de mort dans les yeux. Tant que mon désir de mort n’était pas complètement reconnu, je ne pouvais accueillir pleinement la pulsion de vie qui souhaitait ardemment se manifester. Cette prise de conscience est pour moi un tournant majeur.
Visite de tranchées de la première guerre mondiale
En juin 2008, je visite Carine, une amie thérapeute qui habite Reims. Le soir, alors que nous sommes tranquillement assis devant un feu de bois, je lui parle de la lecture de vie antérieure envoyée par le médium de Lyon. Carine m’écoute avec attention. À la fin de mon histoire, elle me dit : « Olivier, sais-tu que nous sommes en Champagne ? À quelques kilomètres d’ici se trouve la Caverne du Dragon. Dans ce lieu, français et allemands se sont affrontés durant la guerre 14-18 ».
Encore une synchronicité étonnante. Le lendemain, nous nous rendons à la Caverne du Dragon. Je prends un moment pour me recueillir. En sortant, j’enterre symboliquement une pierre noire.
« Je me fiche de savoir si, dans une vie antérieure, je me suis retrouvé dans les tranchées ou non. Ces tranchées, elles reflètent la guerre intérieure qui se déroule en moi depuis des années. Je sens le besoin de signer l’armistice, d’arrêter de guerroyer, de faire la paix. Je veux lâcher les armes et laisser le flux de la vie couler en moi. »
Avant de quitter Reims, je visite la basilique Saint-Remi. En marchant dans les allées de la cathédrale, mon regard est absorbé par une stèle gravée au sol avec un mot : « PAX ». Oui, mon chemin est de trouver la paix : paix avec moi-même, paix avec le monde, paix avec la Source de toutes choses. Devant cette stèle consacrée à la paix, je noue un pacte de confiance envers la vie : « j’accepte ce que tu me donneras ».
La vraie nature du « je », de l’ego
En écoutant une conférence d’Eckhart Tolle, un voile se déchire. Serait-il possible que je me sois complètement trompé de chemin ? En 1998, mon thérapeute m’avait demandé : « Qu’attends-tu de cette thérapie ? ». Je lui avais répondu « Savoir qui JE suis ». Mais qui était ce « JE » que je me suis acharné à connaître, à analyser, à disséquer durant toutes ces années ? Tout ce travail sur mon identité, mes vies antérieures… Tout cela ne serait-il que l’ego ? Ai-je passé toutes ces années à voyager dans le samsara, prenant l’illusion pour la vraie réalité ?
C’est là, clair comme de l’eau de roche. L’ego m’a mené en bateau. Durant des années, j’ai poursuivi du vent. Je me suis baladé dans les nuages alors que mon Être n’aspirait qu’à une seule chose : me connecter avec la lumière qui ne s’éteint pas et enfin trouver la paix.
Démarche thérapeutique et démarche spirituelle
Sur base de mon expérience, je ne peux que constater la complémentarité entre la démarche thérapeutique et la démarche spirituelle sur le chemin intérieur. Un « je » non guéri, en proie à une souffrance continue, peut s’avérer être un gros obstacle dans la quête du Soi. Tout simplement parce que l’énergie de la personne serait continuellement absorbée par ses blessures, comme avec un trou noir.
Entrée sur un chemin de guérison
En août 2008, je décide de quitter mon appartement pour vivre dans un lieu de vie partagé avec d’autres. Je me sens en danger face à moi-même. Un ami franciscain me parle de la Communauté du chemin de vie dans la région bruxelloise, une communauté catholique où habitent des laïcs. Depuis ma crise psychologique de 1992, je me méfiais des catholiques. L’adresse m’ayant été conseillée par une personne de confiance, je téléphone malgré tout pour rencontrer le responsable.
Après la communion, j’entends pour la première fois un chant de Taizé. Je vibre alors au plus profond de moi. Cela déclenche une émotion. J’y vois un signe. Ma décision est prise. J’y vais. Mon objectif est clair : guérir et sortir de cette zone d’obscurité qui s’éternise.
Assez rapidement, je me sens à ma place et au bon endroit dans cette communauté. Un cadre familial, simple, dépouillé, libéré du superflu. Je me débarrasse des quelques meubles que j’ai encore. Je suis logé dans une petite chambre meublée de 16 m². Une armoire, une table, une étagère, un lit simple et un évier. Juste l’essentiel.
Lorsque je reviens du travail, je sens que la maison vit et cela me réjouit le cœur. J’aime me lever tôt le matin, participer aux prières et puis prendre le petit déjeuner avec mes frères et sœurs de la Communauté. Pendant des années, j’avais vécu seul, plongé dans une solitude difficile à vivre. J’apprends ce qu’est véritablement la fraternité et le partage, tout à l’opposé du fonctionnement égotique.
La simplicité volontaire
Nous mangeons simplement, sans excès. Grâce à cette vie à la fois simple et fraternelle, je prends conscience que je peux vivre vraiment heureux avec très peu. Progressivement, le superflu dans ma vie, toutes ces activités extérieures dont je me servais pour meubler mon vide existentiel, se dissipe.
Je reconnecte avec le soleil intérieur. Mon mental, si sollicité ces dernières années, tendu comme un muscle, se relâche, s’apaise. Il se met enfin au repos. Mes proches me renvoient que je suis plus paisible, plus lumineux. Pour la première fois de ma vie, je goûte véritablement à la paix intérieure.
Découverte du Qi
Un soir, je travaille devant mon ordinateur. Je ressens alors un doux frémissement qui circule dans mon corps. Comme un courant électrique très agréable. Dans une jambe, puis dans mon bassin, puis dans ma tête. C’est arrivé souvent depuis ma jeunesse mais je n’y ai jamais prêté attention. Je prends alors conscience qu’il pourrait s’agir du « qi », cette énergie dont parlent les taoïstes.
Pèlerinage de trois mois en Israël, Inde et Thaïlande
Je pars le 11 novembre, date de l’Armistice. Une belle synchronicité. Mon objectif : rendre hommage aux grandes traditions qui m’ont accompagné sur mon chemin. Je décide de séjourner uniquement dans des communautés, des temples ou des ashrams. Je souhaite éviter au maximum les circuits touristiques.
Pour la première fois, je découvre Jérusalem. La vieille ville est un lieu unique sur terre. Sur une surface somme toute assez réduite se côtoient les plus grandes religions du monde. Je séjourne quelques jours dans la Maison d’Abraham, une communauté chrétienne fondée en 1964 dans un ancien monastère bénédictin. Des pèlerins originaires du monde entier passent dans cette maison. Nous nous retrouvons entre frères et sœurs humains, sur les traces de Jésus.
Je quitte ensuite Israël pour l’Inde. J’arrive à New Delhi, submergé dans une masse incroyable de gens. C’est mon premier séjour dans ce pays mythique. Je séjourne dans l’ashram de Sri Aurobindo, puis dans l’ashram de Chandra Swami, au pied de l’Himalaya.
Il émane de Chandra Swami une paix qui se communique instantanément aux personnes autour de lui. C’est un homme qui dégage beaucoup de joie. Les entretiens ont lieu en groupe sur la terrasse de l’ashram, devant les montagnes himalayennes.
Pour Noël, je me rends à Shantivanam, un centre catholique important de rencontre entre le christianisme et l’hindouisme. À Shantivanam, j’expérimente de l’intérieur ce que signifie véritablement le « non-faire ». Un mode de vie aussi simple, aussi calme, peut sembler ennuyeux pour l’esprit agité d’un occidental. Je découvre que je peux vivre dans le « non-faire » et me sentir pleinement exister.
À Shantivanam, il n’y a rien à faire mais juste à ÊTRE. La vie s’arrête. Le lieu me pousse à ralentir, à observer, à admirer, à être pleinement dans le moment présent. Passé et futur n’existent plus. Il ne reste plus que l’instant.
Après la nouvelle année, je me rends dans l’ashram de Swami Ramdas, au Nord du Kerala. Ce grand Saint, vénéré en Inde sous le nom de « Papa Ramdas », a atteint la plus haute réalisation en deux années seulement. Je suis frappé par la douceur et le bonheur qui émanent du visage de cet homme.
« La simplicité de la vie est le signe de la vraie prospérité. »
« Ayez pour devise : « amour, humanité et service du prochain ». » — Swami Ramdas
Début janvier, je quitte l’Inde pour la Thaïlande. Je passe trois semaines à Tao Garden, centre créé par Mantak Chia, Maître taoïste reconnu. L’enseignement de Mantak Chia m’aide à réconcilier corps et spiritualité. Dans l’enseignement taoïste, la sexualité est totalement intégrée. Elle est vraie et vivante. Pas de tabous. Le point de départ est le corps et rien que le corps.
Réconciliation avec la Source
Début février 2010, je suis de retour en Belgique. Quelque chose en moi a changé. Ce voyage a parlé directement à mes profondeurs, à mon âme.
Plusieurs mois après mon retour, mes vieilles mémoires sont encore présentes. Comme une vieille amie qui prend soin de moi, elle me rappelle que le processus de guérison n’est pas terminé. Un jour, une amie me fait découvrir le Ho’oponopono, technique hawaïenne de guérison basée sur le pardon.
En disant « Je suis désolé », vous reconnaissez que quelque chose a pénétré dans votre système corps/esprit. En disant « Pardonne-moi », vous demandez à Dieu de vous aider à vous pardonner à vous-même. « Je t’aime » transmue l’énergie bloquée en énergie circulante. « Merci » est l’expression de votre gratitude, votre foi dans le fait que tout sera résolu pour le bien de tous. — Low Hen, sur le Ho’oponopono
Le Ho’oponopono me prépare à la troisième étape sur le chemin du pardon : la réconciliation avec la Source.
15 juin 2010 — Sacrement de réconciliation
Sur mon chemin de vie, j’avais déraciné un grand nombre de croyances erronées liées au christianisme. Trois éléments m’y ont aidé : d’abord « Le livre d’Urantia » en me dévoilant la figure humaine incarnée de Jésus ; ensuite « Un cours en miracles » en extirpant le jugement et la culpabilité hérités de mon éducation chrétienne ; puis enfin l’enseignement promulgué par un moine catholique éclairé.
J’avais déjà traversé deux étapes dans le processus du pardon. La première dans le cadre de l’atelier « Mort et Résurrection » où j’avais effectué un rituel de pardon vis-à-vis des actes négatifs commis envers autrui dans un passé lointain. La deuxième étape du pardon avait eu lieu dans le désert mauritanien. J’avais alors exprimé un pardon vis-à-vis de moi-même. Il me restait maintenant une troisième étape : le pardon en relation avec le Créateur, la Source, l’Univers, Dieu, peu importe le nom qu’on Lui donne.
Lorsque je vais voir le Père Benoît dans son couvent, le 15 juin 2010, je lui demande le sacrement de réconciliation. Il accepte et m’invite alors à l’accompagner dans la petite chapelle du Couvent. Là-bas, je lève officiellement le jugement qui me lie sans doute depuis des temps immémoriaux. J’exprime en même temps mon souhait de me réconcilier avec la Source de toutes choses.
Lorsque je sors de la chapelle, je me sens léger. J’entends la musique de Moby venant de la radio des ouvriers qui travaillent sur le chantier d’à côté. J’en éprouve une joie profonde.
« Peut-être une petite promenade dans la nature maintenant ? » me dis-je…
Il fait tellement beau dehors.
Olivier, 1 juillet 2011
Le savoir est bien peu de chose par rapport à l’expérience.